Mis à jour le 03 septembre 2026 à 17h01
La récente démolition du centre commercial Place Renaud – dans le quartier du même nom – pour faire place à deux immeubles à logements multiples a provoqué une levée de boucliers dans le voisinage.
Créé à la fin du mois de juillet, le groupe Facebook Place Renaud regroupe quelque 120 membres opposés au projet alors qu’une pétition circule à la fois dans les rues et en ligne sur la plateforme change.org.
Résident du quartier depuis bientôt un demi-siècle, dont 30 ans en face du petit centre commercial linéaire aujourd’hui réduit en poussières, Richard Valdevit est à l’origine de cette mobilisation citoyenne.

(Capture d’écran – GoogleMaps)
«J’connais tout le monde dans le quartier et y a personne de content, personne», rage-t-il en parlant de la «densification» de ce terrain situé à l’angle nord-ouest des rues Renaud et Vallières, un secteur «composé à plus de 90 % de résidences unifamiliales», soutient le principal intéressé.
D’autant que ces propriétaires avaient déjà été consultés à l’été 2020 dans le cadre d’un projet de redéveloppement qui prévoyait sur ce même lot trois immeubles résidentiels dont deux de quatre étages. «Tout le monde était contre», rappelle M. Valdevit.
À l’époque, c’était l’ancien règlement de zonage L-2000 qui prévalait et l’usage habitation n’y était pas autorisé. Comme un changement de zonage nécessitait l’aval du voisinage, le projet est mort dans l’œuf.

De plein droit
Depuis l’entrée en vigueur du nouveau code de l’urbanisme (CDU) en 2022, qui visait notamment à dynamiser les pôles de quartier, la plupart des sites zonés commerciaux, à Laval, jouissent d’un zonage mixte permettant un usage résidentiel. Dans le cas qui nous occupe, le zonage limite tout projet d’habitation de plein droit à un bâtiment d’au plus trois étages.
C’est ainsi qu’«une demande d’approbation d’un plan d’implantation et d’intégration architecturale [PIIA] a été acceptée par le Comité exécutif le 1er avril 2026 à l’effet de permettre le lotissement pour la construction de 2 habitations multifamiliales isolées de 3 étages», indique la conseillère aux affaires publiques à la Ville, Nesrine Saci.
Mais puisqu’aucun permis de construire n’a encore été délivré, le nombre de logements que totaliseraient ces deux immeubles n’est pas public.
Promoteur
Le Courrier Laval a tenté en vain de joindre Les Habitations Place Renaud inc., société créée en 2024, et l’entrepreneur général en construction Procova, nos messages téléphoniques répétés étant tous demeurés sans retour.
La société Les Habitations Place Renaud est propriétaire de l’ancien centre d’achat de voisinage Place Renaud depuis le 5 novembre 2024, indique le registre foncier de la Ville.
Tout juste de l’autre côté de la rue se trouve le siège social de Procova. Deux sociétés sœurs dirigées par les trois mêmes administrateurs.
Selon le registre des lobbyistes, Nicolas Beauregard de la firme Fahey & Associés avait été recruté en 2025 par Les Habitations Place Renaud. Son mandat était en lien avec la «construction d’un projet résidentiel comportant environ 201 logements dans deux bâtiments au coin des rues Renaud Ouest et Vallières à Laval»,peut-on y lire. On ne mentionne toutefois pas le nombre d’étages des immeubles alors appelés à accueillir ces 200 unités d’habitation.
À cet égard, dans un retour de courriel à Richard Valdevit le 29 juin dernier, la conseillère municipale de Renaud-Coursol, Seta Topouzian, précise que lors de la refonte des règlements d’urbanisme, le promoteur avait plaidé pour que le zonage passe de trois à cinq étages sur son terrain, ce que la Ville avait refusé.

Jouxtant un parc
«L’intimité des cours arrière des résidents sera préservée et le projet ne créera pas d’ombres importantes sur les voisins, fait également valoir Mme Topouzian dans sa réponse au citoyen. Le promoteur prévoit la plantation de nombreux arbres le long des rues Vallières et Renaud ainsi qu’un nouvel accès piétonnier au parc via une servitude consentie à la Ville».
Bien qu’elle reconnaisse «que le projet changera l’allure du cœur du quartier», elle dit croire «qu’il apportera plusieurs bénéfices et qu’il s’intégrera bien au secteur ainsi qu’au parc Curé-Coursol».
Loin d’être convaincu, Richard Valdevit persiste et signe: «Ce projet ne génère aucun bénéfice pour la communauté, détériore la valeur de nos propriétés unifamiliales et sert uniquement les intérêts financiers du promoteur et les revenus de taxation de la Ville».
Voilà ce qu’il écrit à l’ombudsman de la Ville de Laval dans une «demande d’enquête et de gel de permis».
Il y dénonce, entre autres, un «manque flagrant de transparence» et une «hausse importante du trafic automobile» qui mettrait à risque «la sécurité des enfants» fréquentant l’école primaire Coursol.
Soulignons ici que l’ombudsman n’a pas le pouvoir de suspendre l’émission d’un permis, son rôle étant strictement consultatif et d’enquête.
Conflit d’usage potentiel
Par ailleurs, le pétitionnaire entrevoit déjà un «conflit d’usage» qui opposerait les futurs locataires aux usagers du parc, qui regroupe deux terrains de soccer, deux courts de tennis et un terrain de basket-ball.
«Les terrains de soccer en arrière seront collés sur la bâtisse», signale M. Valdevit, rappelant que les lumières éclairant les plateaux sportifs s’éteignent à 23h30. «Les nouveaux voisins vont rapidement commencer à se plaindre du bruit et de l’éclairage», prédit celui qui les entend déjà revendiquer leur droit à la tranquillité.
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