Mis à jour le 24 septembre 2026 à 14h35
Le mercredi 30 septembre, la Société d’histoire et de généalogie de l’île Jésus (SHGIJ), appuyée par la députée libérale de Mille-Îles, Virginie Dufour, remédiera à une longue injustice en organisant la toute première cérémonie officielle de commémoration de l’effondrement du viaduc de la Concorde… 20 ans plus tard.
Chaque année, les familles éplorées par les tragédies de la garderie de Sainte-Rose, l’école Polytechnique ou mosquée de Québec, pour ne nommer que celles-là, ont l’occasion de participer à un recueillement collectif synonyme de solidarité avec leur douleur.
À ce jour, les proches des cinq personnes décédées sous les poutres du pont situé dans Duvernay ont été ignorés, laissés à eux-mêmes, sans aucune reconnaissance officielle des autorités politiques, tous paliers gouvernementaux confondus, à l’exception d’excuses publiques prononcées 10 ans plus tard,
«C’est un drame national qui a eu lieu ce jour-là dans Duvernay, affirme Virginie Dufour, députée sortante de Mille-Îles. Pour les familles, rien n’a marqué leur drame: pas de mémorial, pas d’espace de mémoire et encore moins de cérémonie officielle de commémoration, comme si leurs proches étaient moins importants que d’autres. Juste le fait que quelqu’un veut [enfin] créer un espace de mémoire pour eux, c’est déjà un énorme baume sur leurs blessures.»
«À la Société d’histoire, depuis notre fondation en 1963, on a toujours tenté d’honorer toutes les mémoires, pas juste la grande histoire, de continuer Jasmin Miville-Allard, directeur général de la SHGIJ. Il y a un devoir de mémoire même envers des événements tragiques, moins glamours, mais qui font partie de notre histoire plus contemporaine.»
Témoignages et marche solennelle
Le mercredi 30 septembre, à 19h, la Société d’histoire donne rendez-vous au public dans la cour de l’école primaire Jules-Verne, sis 1701, rue de l’École, à Pont-Viau.
On pourra y accueillir les personnes participantes dès 18h30. Les lieux sont accessibles en autobus de la Société de transport de Laval via les lignes 42 et 48, arrêt De la Concorde/De Lourdes.

Après la prise de parole par des membres des familles touchées jadis par la tragédie, les gens seront invités à marcher jusqu’à l’actuel viaduc, un lampion et une rose à la main, où l’on observera une minute de silence.
À l’initiative de Virginie Dufour, une plaque commémorative autant symbolique que temporaire, soit non officielle, sera dévoilée ce soir-là, devant les familles.
Cependant, notons qu’il s’agit d’une commémoration citoyenne et qu’aucun politicien n’y prendra la parole.
«Nous ne cacherons pas qu’il y a aussi un aspect de revendication derrière cette initiative, de souligner Jasmin Miville-Allard, qui avoue sa déception envers l’inaction des responsables politiques dans ce dossier. On veut que quelqu’un prenne acte de ce qui s’est passé et nous autorise à installer une plaque commémorative près de la structure actuelle, afin d’honorer la mémoire des personnes disparues.»
Parcours de la combattante
Il y a environ deux ans, la SHIJ a contacté la députée de Mille-Îles en prévision de ce triste 20e anniversaire.
Un simple appel à tous sur Facebook, notamment pour rejoindre les familles des victimes, atteindra 100 000 vues, redoublant la motivation dans cette mission.
«C’était un peu bête d’organiser un événement et ne connaître personne parmi les victimes, car il n’était pas question que ces gens sentent qu’on les utilise, de préciser Jasmin Miville-Allard. Cet appel a donc permis d’établir le contact avec les familles.»
Cependant, il y avait déjà longtemps que Virginie Dufour avait entrepris des démarches pour commémorer la tragédie du viaduc de la Concorde.
Personnellement, en tant que Lavalloise solidaire touchée par cette tragédie, l’ancienne conseillère municipale de Sainte-Rose se rend au viaduc déposer une rose chaque 30 septembre depuis 2022.
«Il y a 20 ans, je venais d’aménager dans ma nouvelle maison, à Laval, se souvient Virginie Dufour. Ça m’a certes marquée. Encore aujourd’hui, je veux passer aussi vite que possible quand vient le temps de rouler sous un viaduc. J’y pense alors tout le temps. Le 30 septembre 2022, en posant une rose au viaduc, j’en avais aussi fait une publication et l’ampleur des réactions m’avait convaincue qu’il y avait quelque chose à faire dans ce dossier.»

(Photo gracieuseté)
Cette implication ne date donc pas d’hier, alors qu’élue municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Laval, Virginie Dufour avait déjà été sensibilisée à la cause par un groupe de citoyens revendiquant une reconnaissance de la tragédie.
«À l’époque, Marc Demers était maire et on se souvient qu’en tant que policier, c’est lui qui avait enquêté sur l’effondrement du viaduc du Souvenir (18 juin 2000), raconte Virginie Dufour. Il était très sensible et avait beaucoup d’ouverture envers cette démarche. Je me souviens de discussions positives au sein du comité, mais on nous a prévenu que cet ouvrage relevait du ministère du Transport. Puis est arrivée la pandémie et le sujet a été mis de côté, alors que je me retirais de la politique municipale.»
Ainsi, au fil du temps et des remaniements gouvernementaux, la députée lavalloise écrira à quatre ministres du Transport différents; chaque fois, sans autre réponse qu’un accusé de réception automatisé.
N’empêche, un terre-plein situé aux abords de la structure actuelle du viaduc pourrait bien être l’emplacement idéal pour une plaque commémorative et son mémorial, peut-on constater.
«Je suis prête à financer toute l’installation s’il le faut, d’ajouter Virginie Dufour. Mais plus que tout, je veux souligner la résilience des familles qui, à travers les années, ont fait leur deuil malgré toutes ces circonstances. Tout ce que je demande, c’est qu’un décideur ait le courage politique à la hauteur de la résilience de ces familles.»
Drapeaux en berne
Pour sa part, après une demande officielle, la Ville de Laval mettra en berne les drapeaux du Complexe aquatique de Laval du lever du soleil jusqu’au crépuscule, le mercredi 30 septembre.
«La Ville de Laval est sensible à la portée de cet anniversaire, d’exprimer par courriel Nesrine Saci, porte-parole de la Ville dans ce dossier. Elle offre ses pensées aux victimes de l’effondrement du viaduc de la Concorde, à leurs proches ainsi qu’à toutes les personnes qui ont été touchées par cette tragédie.»
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