Mis à jour le 04 juillet 2026 à 08h39
Sociologue québécois d’origine haïtienne, Frédéric Boisrond réclame que la Ville de Laval renomme la rue Colbert, située dans le quartier Vimont où il réside.
Le 8 juin dernier, M. Boisrond a adressé une lettre ouverte au maire de Laval, Stéphane Boyer, rappelant notamment que la Politique de dénomination toponymique de la Ville privilégie des noms qui rendent hommage à «des personnalités qui ont apporté une contribution significative au développement, au dynamisme ou au bien-être de la communauté de la Ville ou ailleurs».
Or, Jean-Baptiste Colbert ne répond pas à ces critères. L’homme d’État français est reconnu pour avoir participé à l’élaboration du Code noir, qui assimilait les esclaves à des «biens meubles» pouvant être achetés ou vendus.
Si Colbert est décédé avant son adoption, c’est son fils qui en a achevé la rédaction. Le texte a finalement été promulgué en 1685 par le roi Louis XIV.
Frédéric Boisrond demande au maire d’«initier les démarches nécessaires à la redésignation de cette voie de circulation».
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la France a récemment franchi une étape symbolique. Le 28 mai, les députés français ont adopté à l’unanimité un texte visant à abroger le Code noir ainsi que l’ensemble des textes ayant encadré l’esclavage dans les colonies françaises.
C’est en suivant ce débat que M. Boisrond a découvert que plus d’une dizaine de rues et de places au Québec portent encore le nom de Colbert, dont une rue dans son propre quartier.
Dans la foulée de sa lettre au maire de Laval, il a également écrit à la Commission de toponymie du Québec.
«Je leur ai dit que la notice biographique de Jean-Baptiste Colbert était incomplète, car elle ne faisait pas référence à son rôle dans l’élaboration du Code noir», explique le sociologue.
Ce dernier ajoute qu’«il est regrettable que cette information ait été omise dans la biographie publiée sur le site de la Commission».
En réponse, la Commission de toponymie lui a indiqué que «la note biographique de ce personnage pourra être évaluée».
Parallèlement, Frédéric Boisrond a communiqué avec les élus de toutes les municipalités québécoises où une rue ou une place porte le nom de Colbert.
Selon lui, plusieurs administrations ont déjà manifesté leur volonté de revoir rapidement cette désignation. À Laval, le sociologue dit être toujours dans l’attente d’un suivi.
Joint par Le Courrier Laval, le cabinet du maire a confirmé que la demande est à l’étude.
«Nous avons bien reçu cette requête. Elle est actuellement en analyse auprès de nos services, qui formuleront ensuite une recommandation au Comité sur le patrimoine et la toponymie», a mentionné l’administration municipale.
Au-delà du Code noir, Frédéric Boisrond estime que l’héritage de Jean-Baptiste Colbert comporte d’autres aspects méconnus.
«Son histoire est beaucoup plus sombre que le Code noir. Il a orchestré la venue des Filles du Roi au Québec, des femmes vulnérables recrutées pour venir peupler la Nouvelle-France», soutient-il.
Enfin, la Table de concertation des Afro-descendant·e·s de Laval (TCADL) a également exprimé son appui à la démarche citoyenne entreprise par Frédéric Boisrond.
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