Mis à jour le 27 mars 2026 à 14h38
La communauté libanaise de Laval est profondément ébranlée depuis le début de la guerre au Liban et vit désormais sous un stress constant des journées marquées par l’incertitude et la peur pour leur famille.
«Je suis 24h sur 24 sur les nouvelles, confirme un Libanais qui habite Sainte-Dorothée depuis 2006, Bachar Karroum. Chaque mauvaise nouvelle m’affecte moralement, c’est très angoissant.»
Depuis le 2 mars 2026, le mouvement pro-iranien, le Hezbollah, a attaqué Israël en représailles à l’assassinat du guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei. Cette attaque a déclenché des bombardements violents sur le territoire libanais par l’armée israélienne, marquant une nouvelle guerre qui affecte l’ensemble du pays ainsi que la communauté libanaise à l’étranger, dont celle de Laval.
La plupart des membres de la communauté libanaise sont nés au Liban et restent profondément attachés à cette terre, puisque leur famille, leurs amis et de précieux souvenirs se trouvent au pays du cèdre.
«J’ai un cordon ombilical qui rejoint le Liban, de continuer Bachar Karroum, qui est auteur et cofondateur de Goodhearted Books. On est connecté avec eux. Tout ce qui arrive là-bas nous touche directement, ici.»

Autres témoignages
Plusieurs libanais vivent la même situation dont Jorj Helou, travailleur autonome, conférencier et formateur qui vit dans le quartier Sainte-Dorothée. À Beyrouth, sa famille vit un stress constant, entre les bombardements et les drones.
«Les autres fois, il y avait toujours une possibilité que ça se termine, le combat va s’arrêter, la situation va revenir à la normale, mais aujourd’hui, on dirait que la guerre va aller jusqu’au bout, de raconter celui qui habite aussi Sainte-Dorothée. On craint pour l’identité complète du Liban .»
Bien que sa famille ne montre pas le stress qu’elle vit à Jorj Helou afin de ne pas l’inquiéter, il en ressent tout de même les effets. «J’ai comme un sentiment de culpabilité, confie-t-il. Eux sont là-bas, nous, on est ici. On se sent coupable d’être dans un environnement sécuritaire.»

Chaque jour, le travailleur autonome et conférencier maintenant lavallois essaie de vivre normalement, mais « c’est comme si tu as une vie et qu’il y a une autre vie à côté qui occupe ton esprit. Tu essaies de vivre ta vie normalement, mais c’est impossible.»
Camille Nassar est arrivé du Liban depuis 2011 et habite désormais Laval-des-Rapides, lui qui est directeur général de Nascom Group, une compagnie agroalimentaire exportant des produits du Liban. Camille Nassar essaye d’aider le mieux qu’il peut des organismes libanais avec une campagne de financement.
«On est branché à l’heure, souligne-t-il. Je suis au quotidien tout ce qui se passe. Je dors à peine deux, trois heures par jour. Quand un bombardement est près de chez ma famille, j’appelle directement.»
Quartiers en danger
Les attaques sont de plus en plus violentes chaque jour dans le sud du Liban. Tout est détruit pour en faire une «zone tampon sur environ 15 kilomètres pour les localités israéliennes frappées par les missiles», selon le professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Sami Aoun.
À Beyrouth, c’est la banlieue sud qui est la plus touchée par les bombardements, où se trouvent les quartiers du Hezbollah. Des bombardements tombent sur des quartiers résidentiels, immeubles et même établissements de santé recensés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour sa part, Israël répond qu’il ne cherche qu’à éliminer le Hezbollah.
Depuis le 2 mars, les frappes sur le Liban auraient tué environ un millier de personnes, dont 111 enfants et auraient fait plus de 2100 blessés, selon les autorités libanaises; ainsi que plus de 1 049 000 personnes déplacées, selon le coordinateur humanitaire de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Liban. C’est plus que le un sixième de la population du Liban qui se déplace vers des endroits plus sûrs.

«Les frappes ne sont jamais précises, affirme Bachar Karroum. Ils sont en train de détruire le sud du Liban. Ils avancent vers le centre. Ils sont en train de raser le Liban comme ils ont rasé Gaza.» La famille de M. Karroum se trouve dans le nord du Liban, à Tripoli. C’est la deuxième ville la plus importante du Liban. Elle a évité jusqu’ici les bombardements, mais s’attend à accueillir un grand nombre de réfugiés.
«Les Libanais sont bombardés par des avions et des drones comme jamais auparavant, a dit Camille Nassar. Personne n’est à l’abri. On pensait que les quartiers chrétiens et sunnites n’allaient pas être bombardés. Ce n’est plus le cas.»
Analyse universitaire
«Selon Israël, le gouvernement libanais n’a pas respecté la résolution 1701 du Conseil de sécurité, renforcé après avec l’accord du cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre 2024 qui devait désarmer le Hezbollah sur tout le territoire libanais», explique le professeur Sami Aoun.
«Ils n’ont pas fait assez pour désarmer le Hezbollah, poursuit-il. Quand il a perdu son guide spirituel, Ali Khamenei, qui est très sacré pour lui, le Hezbollah a décidé de lancer des missiles dans le nord d’Israël en représailles pour montrer qu’il ne pouvait pas rester les bras croisés.»
Depuis des décennies, les Libanais vivent sous tension. Aujourd’hui, les bombardements et la détérioration de la situation économique, marquée par la hausse des prix, pèsent lourdement sur leur avenir. «On essaie de voir la lumière au bout du tunnel, mais on ne la voit pas. On essaie de rester forts pour eux», a conclu le néo-Lavallois Jorj Helou.



