Mis à jour le 02 avril 2026 à 19h06
La communauté iranienne de Laval est mitigée entre tristesse et espoir depuis le début de la guerre en Iran, le 28 février. Bien que le conflit suscite de l’inquiétude, certains y voient un possible tournant, voire une lueur d’espoir quant à la chute du régime islamique, alors que d’autres le perçoivent comme une escalade inquiétante.
«On danse de joie, mais on pleure à l’intérieur», s’exprime Mehran, un Iranien qui vit à Laval dans le quartier de Chomedey depuis 30 ans. Il a tenu à taire son nom de famille de peur que ses opinions entraînent des répercussions sur sa famille jusqu’à Téhéran.
L’opération militaire conjointe américano-israélienne contre la République islamique a ciblé des infrastructures nucléaires, des centres de commandement et des figures clés du régime iranien, dont le guide suprême Ali Khamenei tué dans un bombardement le 28 février.
Une communauté divisée
«Les Américains et les Israéliens sont une bénédiction», confirme le résident de Chomedey, qui voit ces bombardements comme le seul moyen de faire tomber le régime en place depuis 47 ans.
Même son de cloche pour l’animateur radio et conseiller financier, Ali Paknezhad, pour qui «l’une des seules solutions pour se débarrasser des mollahs, c’est l’aide étrangère. On ne nie pas qu’ils aient leur propre agenda, mais on a de l’espoir, on a le même objectif qui est de détruire le régime. »
«Ce régime ne nous écoute pas, il ne nous permet pas de nous exprimer ou de manifester», réagit quant à lui l’ingénieur maritime, Behzad Anvari.
Ce dernier, qui habite dans le quartier de Chomedey depuis 2 ans, explique que «les États-Unis ne sont pas vraiment là pour aider le peuple iranien; nous n’avons pas les mêmes objectifs», dit-il. Cependant, pour l’ingénieur et sa famille à Téhéran, l’intervention israélo-américaine fait en sorte que les Iraniens pourront se «soulever et décider» par eux-mêmes.
C’est un peu différent pour Nina Fakhravar, établie dans la grande région de Montréal depuis 2015. Elle siège au comité de l’Association des femmes iraniennes de Montréal pour porter leur voix. Elle est aussi chercheuse et doctorante à l’Université d’Ottawa. Elle voit l’intervention militaire comme «illégale». «Voir la guerre comme la seule solution, c’est un point de vue d’ignorance», a-t-elle dénoncé. «C’est un régime autoritaire décapité, mais ils ne sont pas du tout affaiblis. Tout ne dépend pas d’une personne, mais des fidèles de l’idéologie : tu décapites une tête, des milliers d’autres repoussent.»

Les différentes manifestations de la diaspora
Une divergence dans la communauté iranienne au Québec qui se perçoit jusqu’à Laval. «C’est une partie de la communauté iranienne qui s’est attachée à l’idée d’avoir une société iranienne moderne, libérale, celle défendue par le shah. Ils ne voient pas d’objection à s’allier avec les Américains», selon le professeur de l’UQAM, Antonius Rachad. «Une autre partie affirme que les Américains sont là pour le pétrole. S’ils interviennent, ce n’est pas pour les femmes iraniennes, mais parce qu’ils veulent mettre en place un régime pour contrôler le pétrole et ne pas avoir d’opposition politique dans la région».
On peut distinguer les différentes tendances de la diaspora notamment par les drapeaux qu’elle arbore lors des manifestations. Le drapeau avec un lion, symbole de l’ancienne monarchie iranienne, est souvent associé à l’opposition au régime actuel. On y voit également, dans certains cas, des drapeaux américains ou israéliens. Alors qu’une autre partie de la communauté va plutôt mettre de l’avant le drapeau de la République islamique d’Iran.
Pour la doctorante Nina Fakhravar : « brandir un drapeau israélien ou américain est d’une ignorance sans limite », surtout lors d’un samedi à Montréal, où se tiennent des manifestations pro-palestiniennes.
Pour Ali Paknezhad, qui vit à Chomedey depuis six ans, arborer le drapeau de la République islamique d’Iran est inapproprié et insultant. Pour ce qui est des drapeaux israéliens : «Il faut comprendre que ce n’est pas d’être contre les Palestiniens; c’est le fait qu’Israël soit contre le régime. Je pense que ce que fait Netanyahu à Gaza, c’est un massacre contre l’humanité. Mais il faut séparer les dossiers à Gaza et en Iran. Les Iraniens considèrent Netanyahu comme le seul allié qu’ils ont, parce que c’est lui qui est venu à notre aide lorsqu’on était massacrés par les mollahs».

Inquiétude partagée
Bien que la diaspora iranienne soit divisée dans sa lecture de l’intervention, elle reste très ébranlée, vivant un stress constant marqué par l’incertitude et la peur pour leur famille.
Depuis le 28 février, les États-Unis et Israël ont mené plus de 1500 frappes aériennes sur le territoire iranien. D’après l’ONG iranienne basée aux États-Unis, Human Rights Activists News Agency (HRANA), ce sont plus de 3300 personnes qui sont mortes, dont quelque 1500 civils et 670 sans statut défini. Les autorités iraniennes ont affirmé que les frappes israélo-américaines ont fait près de 25 000 blessés.
«Les États-Unis et Israël violent tous les droits de la guerre. Ils ont bombardé des écoles, des institutions civiles, des sites historiques, des puits de pétrole, ce qui a entraîné des catastrophes naturelles. Personne ne dit rien, pas un seul pays occidental», s’insurge le professeur de l’UQAM et spécialiste dans les conflits du Proche-Orient, Antonius Rachad.
Depuis des semaines, Mehran n’est plus capable de contacter sa famille. «Je compose la ligne directe, il y a juste du silence, je n’ai aucune nouvelle de ma sœur».
«Ma sœur et sa nièce sont à Téhéran, c’est très difficile de les rejoindre», ajoute de son côté Ali Paknezhad. Il explique avoir échangé avec sa famille à quelques reprises : «Les bombardements sont horribles, la plupart sont tombés dans des endroits stratégiques, mais quand même, il y a tellement de bruit de bombes qui tombent, ils sont très stressés, c’est inquiétant. »
Behzad Anvari confie : «Je suis incapable de les rejoindre. J’essaie de les appeler tous les jours pour voir s’ils sont corrects. Ça m’affecte, je suis toujours sur les nouvelles, même la nuit à cause du décalage horaire».

Analyse universitaire
Fin décembre 2025, le pays a connu l’une des plus importantes manifestations depuis la révolution de 1979, déclenchée par une crise économique. Elle s’est transformée en une révolte politique contre le régime islamique, lequel a répondu violemment en causant entre 3500 et 35 000 morts, d’après l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui n’a pas été en mesure de valider les chiffres exacts en raison des blocages d’accès à Internet.
«Les 10, 15 dernières années du régime islamique ont été imprégnées par la corruption, un gouvernement théocratique qui dicte comment se comporter et comment s’habiller », soutient le spécialiste des conflits du Proche-Orient Antonius Rachad.
Depuis les manifestations, les États-Unis estimaient que le régime s’était affaibli. Ils y voyaient donc «une excellente occasion pour renverser le régime». Selon eux, «le régime s’oppose à leur hégémonie et cherche à consolider un front à travers tout le Proche-Orient contre les Américains et les Israéliens. Or, depuis le début de la guerre, l’Iran s’est avéré plus fort qu’ils ne le pensaient et le régime n’acceptera pas n’importe quoi», conclut M. Rachad.
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