Mis à jour le 24 juin 2026 à 01h23
À la suite de la fusillade tragique survenue hier à Montréal, l’R des centres de femmes du Québec souhaite exprimer sa solidarité envers les personnes touchées, leurs proches et l’ensemble de la communauté éprouvée par cet acte de violence.
Sans commenter l’enquête en cours ni les circonstances particulières de ce drame, l’organisation croit qu’il est essentiel de rappeler certains enjeux de fond qui exigent notre attention collective.
Selon les informations rendues publiques jusqu’à maintenant, le manifeste attribué au tireur ferait référence à l’idéologie dite «incel». Les faits devront être établis avec rigueur. Une chose doit déjà être dite clairement: nous ne pouvons pas réduire ces phénomènes à un problème individuel ou à une question de santé mentale.
«Lorsqu’un acte violent est associé à une idéologie de haine, nous avons la responsabilité collective de regarder au-delà du geste lui-même, de dire Josée Larouche, membre du comité de coordination de l’R et coordonnatrice du centre Ressource pour femmes de Beauport, par voie de communiqué. Le danger ne commence pas au moment du passage à l’acte: il commence lorsque certaines idées de domination se normalisent sans être prises au sérieux.»
Le masculinisme est une idéologie qui présente les avancées vers l’égalité comme une menace, transforme des frustrations en ressentiment et qui, dans ses formes les plus radicalisées, peut contribuer à légitimer des gestes violents.
Reconnaître ces phénomènes, c’est comprendre que les idéologies de haine ne naissent pas dans le vide et que la radicalisation ne commence pas au moment où quelqu’un passe à l’acte.
«Nous devons prendre au sérieux les manifestations de la radicalisation antiféministe, a déclaré Isabelle Garreau, responsable des dossiers politiques et des communications à l’R, dans la même communication aux médias. Comme d’autres formes de radicalisation, elles se nourrissent de discours haineux, de l’isolement et de la normalisation de la violence. Les reconnaître et les prévenir constituent une responsabilité collective.»
Des recherches en sciences sociales documentent la montée de discours antiféministes en ligne, notamment dans des communautés comme la mouvance «incel», et leur rôle dans des dynamiques de radicalisation et de normalisation de la misogynie, qui peuvent projeter ou légitimer des formes de violence.
Ces idées ne sont pas anodines: elles témoignent d’un recul de l’égalité.
Bien sûr, toute réflexion sur une fusillade doit inclure la question du contrôle des armes à feu. Réduire l’accès aux moyens de commettre des actes violents est nécessaire, mais cela ne nous dispense pas d’agir sur les causes, juge l’organisme.
Prévenir la violence exige d’investir durablement dans l’éducation, l’égalité, la prévention des violences et les ressources communautaires autonomes qui travaillent en amont, poursuit l’R des centres de femmes du Québec.
Depuis plus de 40 ans, les centres de femmes effectuent ce travail: briser l’isolement, prévenir les violences, développer le pouvoir d’agir et construire une société plus égalitaire. La campagne «La prochaine est encore en vie» porte ce message: nous n’avons pas à attendre qu’un drame survienne pour agir.
«Nous ne pouvons pas continuer à investir après les drames, conclut Josée Larouche, via communiqué de presse. Si l’égalité entre les femmes et les hommes est réellement une priorité, alors il faut financer la prévention avec le même sérieux que nous finançons les réponses d’urgence.»
(C.P/IJL)



