Mis à jour le 22 juillet 2026 à 08h21
Au début de juillet, le Centre de services scolaire de Laval (CSSL) prévoyait 75 classes multiniveaux dans l’ensemble de ses établissements pour la prochaine année scolaire.
En 2025-2026, Laval comptait 66 classes primaires accueillant des élèves de deux niveaux consécutifs (par exemple, 5e et 6e année) et l’année précédente, 55.
Ce type de classe combinée n’est habituellement pas apprécié des parents, ni des enseignants, par crainte, fondée ou infondée, que les leçons ne soient pas de même qualité qu’en classe régulière.
Émilie Abel, enseignante dans la région depuis plus de 15 ans, se démarque du lot en choisissant d’emblée ces groupes, lorsque disponibles. Elle a ainsi cumulé neuf années scolaires d’expérience en classe multiniveau.
L’enseignante, actuellement en poste à l’école Des Ormeaux, dans Duvernay, s’est toutefois présentée à la période de questions du conseil d’administration du CSSL en juin pour dénoncer le ratio d’élèves prévu pour sa classe l’an prochain, qu’elle juge non-équilibré.
Dans son allocution, elle a témoigné de sa surprise quand elle a constaté que son groupe allait être constitué de 3 élèves de 1ère année et 17 élèves de 2e année.
«Je ne croyais pas que c’était possible d’avoir un ratio d’élèves aussi bas, a-t-elle énoncé. Il semblerait même que ce pourrait être un seul élève d’un niveau et que ce serait acceptable. […] Notre équipe-école était choquée.»
Après représentation de la direction d’école auprès du CSSL, de nouveaux ratios ont été émis, portant le nombre d’élèves de 1ère année à 5 dans la classe de Mme Abel. Cette mise à jour a toutefois affecté une autre classe multiniveau de l’école primaire, qui est passée d’un ratio de 13-9 à 15-7.
L’autre préoccupation soulevée à la direction générale du CSSL par Émilie Abel est le manque de communication envers les parents dont les enfants pourraient être concernés par des classes combinées.
«Ce que je déplore depuis trois ans, c’est qu’on choisit d’avoir les parents en réaction plutôt que de préparer le terrain, rapporte l’enseignante, expliquant qu’un dépliant explicatif était envoyé aux parents de son école auparavant, mais que cette pratique a cessé. Pour moi, ça ne tient pas la route.»
Interpelé directement par l’enseignante lavalloise, Yves Michel Volcy, directeur général du CSSL, lui a indiqué comprendre ses inquiétudes, a précisé que les classes combinées étaient souvent formées afin d’éviter de déraciner des élèves vers d’autres milieux, quand des écoles atteignent leur capacité maximale ou, à l’inverse, qu’il manque d’élèves, et confirmé qu’un suivi plus détaillé lui serait fait ultérieurement.
Une réponse a effectivement été envoyée, réitérant à Mme Abel que la stabilité de l’élève dans son milieu était la principale raison derrière la formation de telles classes et que le CSSL devait respecter ses obligations légales en matière de ratios.
«Notre intention est d’équilibrer au maximum les ratios par niveau de ces groupes lorsque cela est possible, a écrit l’organisation scolaire, par communication électronique. […] Nous prenons les décisions en gardant l’élève au centre de nos réflexions.»
En ce qui à trait à la communication entourant cette pratique, le CSSL a signalé que le processus était bien établi, mais variait selon les milieux.
Les écoles ont la responsabilité de déterminer quels élèves fréquenteront les classes multiniveaux en fonction de divers facteurs, comme le parcours scolaire, l’autonomie et les relations sociales, mais c’est le CSSL qui détermine combien et quels types de classes seront dans chaque établissement scolaire.
Pratique controversée
Bien que cette pratique soit de plus en plus répandue au Québec, en particulier dans les milieux ruraux où le nombre d’élèves est plus mince, la formation de classes multiniveaux est un procédé contesté.
Le Syndicat de l’enseignement de la région de Laval (SERL) s’annonce ouvertement contre cette manière de faire, arguant qu’elle contribue à la surcharge de la tâche enseignante.
«On a réussi à défaire plusieurs [classes multiniveaux], mais c’est une vigilance de tous les instants, parce que c’est un modèle qu’on semble mettre sur pied facilement, relatait un représentant syndical, après le conseil d’administration du CSSL. L’idéal, ce serait de ne pas en avoir, mais comprenant les enjeux, [ce n’est pas réaliste]. Plus on en défait, mieux c’est.»
Forte de son parcours notamment au sein d’un programme alternatif, l’opinion d’Émilie Abel est plus nuancée, allant même jusqu’à soutenir qu’il y a plusieurs avantages à cette manière de fonctionner.
Au fil des années, elle a, entre autres, remarqué que les élèves étudiant dans ces groupes développaient davantage leur autonomie ainsi que leur capacité à travailler en équipe.
«Souvent, nos parents ont fait leur scolarité dans des classes à un seul niveau, donc c’est le modèle qu’ils connaissent, et c’est aussi ce qui est valorisé au Québec, rappelle-t-elle. Pourtant, dans les faits, les enfants n’apprennent pas tous au même rythme et on gagnerait, dans l’optique de repenser le système scolaire, à décloisonner un peu plus.»
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