Mis à jour le 09 mai 2026 à 02h01
Ce printemps, les résultats préliminaires de l’exercice de dénombrement de l’itinérance visible au Québec ont montré que ce phénomène avait augmenté de près de 60% à Laval depuis le dernier exercice.
Sans surprise pour les intervenant.e.s en itinérance du secteur, Laval fait partie des cinq régions où une hausse de plus de 50% de l’itinérance visible a été observée entre 2022 et 2025.
En effet, lors du dénombrement effectué le 15 avril, 300 personnes en situation d’itinérance visible, c’est-à-dire des gens ayant passé la nuit dehors, qui étaient hébergés par une ressource temporaire ou recevaient des services institutionnels, ont été répertoriées à Laval. Cela représente 2,5% des 12 077 personnes listées dans la province.
Cependant, en ce qui concerne le taux d’itinérance visible par 100 000 habitants, Laval tient la dernière position du palmarès avec 64,7.
«Il n’y a rien de surprenant [dans ces résultats], énonce Caroline Nantel, coordonnatrice du Réseau des organismes en itinérance de Laval (ROIL). On savait que l’itinérance avait augmenté. Elle augmente constamment et il n’y a rien en place en ce moment pour démontrer que ça va diminuer.»
Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, collaborateur au dénombrement, dit accueillir ces données avec beaucoup de sensibilité.
«L’augmentation observée depuis le dernier dénombrement de 2022 confirme l’importance des actions dédiées aux personnes en situation d’itinérance, tant au niveau local, municipal, provincial que fédéral, poursuit l’organisation. La collaboration étroite entre les partenaires et la pérennité du financement demeurent essentielles pour répondre aux besoins grandissants.»
Sur le terrain
En plus de la hausse des personnes touchées par l’itinérance visible, Caroline Nantel rapporte une évolution de leur profil type. S’ajoutent aux citoyen.ne.s toxicomanes ou vivant avec des enjeux de santé mentale des personnes à l’emploi, mais qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, des locataires expulsés de leur logis et des personnes âgées.
«C’est ça la réalité, avec la crise du logement et la hausse des loyers, regrette la coordonnatrice du ROIL. À moment donné, le calcul se fait facilement: le revenu des aînés ne change pas, mais leur loyer augmente!»
Rappelons qu’en décembre 2025, le prix moyen des logements disponibles à la location s’élevait à 1959$ par mois à Laval alors que le montant mensuel d’une prestation d’aide sociale pour un adulte est actuellement de 845$.
Depuis au moins 2 ans, le Refuge d’Urgence de Laval, seul organisme de ce type dans la région, doit quotidiennement refuser l’accès à 15 personnes qui aimeraient y passer la nuit.
Du 30 novembre au 31 mars, l’OBNL bénéficie d’un financement bonifié en raison des températures hivernales afin d’accueillir un maximum de 85 personnes, lors des grands froids. En dehors de cette période, le Refuge n’offre que 30 lits.
«Ce n’est pas plus humain [parce qu’il fait moins froid], déclare la travailleuse lavalloise. Depuis avril, 35 personnes se retrouvent encore plus à la rue qu’elles ne l’étaient déjà toutes les nuits…»
«En 2024-2025, 48% des personnes ayant fréquenté le Refuge pour la première fois se trouvaient en situation d’itinérance depuis 6 mois ou moins», corrobore la Ville de Laval, avant de rappeler qu’au-delà de l’itinérance visible et chronique, la région est confrontée à une forme invisible et cyclique d’itinérance.
Par exemple, plusieurs personnes dorment dans leur voiture ou chez des amis, rendant très difficile l’exercice représentatif d’un dénombrement. Ainsi, les résultats présentés ne sont que la pointe d’un iceberg beaucoup plus imposant.
Actions
Pour aller encore plus loin dans le but de répondre à des besoins jamais vus, Caroline Nantel demande au gouvernement d’innover en accordant au secteur communautaire un accès au Programme de supplément au loyer (PSL) afin d’agir préventivement.
La région bénéficie actuellement de subventions PSL qui s’adressent aux personnes en situation d’itinérance, mais aucune ne vise les Lavallois.es à risque.
«Il faut arrêter d’avoir la mentalité qu’il faut passer par la rue pour avoir les services qui permettent de se maintenir en logement, poursuit la coordonnatrice. Ça ne fait aucun sens! Les organismes communautaires sont capables d’identifier les personnes à risque. Pouvons-nous avoir des moyens concrets pour agir?»
Un financement suffisant, récurrent et pas uniquement lié à la température extérieure est aussi un enjeu du secteur. Plusieurs acteurs se sont d’ailleurs joints au mouvement Le communautaire à boutte notamment pour cette raison.
Pour pallier le manque de logements, la Ville de Laval s’est fixée l’objectif ambitieux de construire au minimum 2000 nouveaux logements sociaux, abordables et à but non lucratif en 4 ans.
Cette décision s’inscrit dans son Plan d’action en habitation 2025-2028 et répond à une des orientations du Cadre d’intervention municipal en matière d’itinérance, qui vise soutenir l’accès au logement ainsi que favoriser la stabilité résidentielle.
Un comité stratégique régional en itinérance rassemblant des partenaires des milieux communautaires, de la santé, de la justice, de l’éducation, de la sécurité publique, de l’habitation et de la Ville de Laval se concerte bimensuellement depuis près d’un an à Laval.
Téléchargez notre application
Meta (Facebook et Instagram) bloque vos nouvelles du Courrier Laval, tout comme Google continue de leur faire obstruction, en réponse à la loi C-18.
Pour avoir accès à vos nouvelles et rester ainsi connecté à la source, le Courrier Laval vous invite à télécharger son application. Vous pouvez également vous abonner à l’infolettre hebdomadaire. Vous pourrez ainsi continuer de lire vos nouvelles gratuitement, et ce, en temps réel avec un ratio moindre de publicités. N’oubliez pas d’activer les notifications et de passer le mot à vos proches et contacts!
Apple : https://apple.co/3wsgmKE
Android : https://bit.ly/3uGPo1D
Infolettre : https://courrierlaval.com/infolettre/



