Mis à jour le 23 janvier 2026 à 11h48
Au cours de l’automne, la Ville de Laval a innové en transformant la rue Leclair, à Sainte-Rose, en la première rue éponge entière au Canada.
Cela faisait plusieurs années que les résidents de l’endroit réclamaient l’asphaltage de la chaussée.
La rue ne pouvait toutefois être raccordée au réseau d’égout pluvial.
Une chaussée en asphalte traditionnelle aurait ainsi causé des accumulations importantes lors des fortes pluies.
La Ville a profité de l’occasion pour tester une nouvelle structure hybride composée de matériaux filtrants et gravier sous un asphalte poreux qui laisse passer l’eau. Celle-ci est absorbée naturellement par le sol pour retourner dans la nappe phréatique.

«Il fallait innover et trouver une solution, affirme Shannon Messier, responsable de l’équipe de conception au Service de l’ingénierie de la Ville. Le pavage poreux est ressorti comme quelque chose qu’on pouvait faire. Ça ne s’était pas fait au Canada, mais d’autres pays avaient déjà travaillé avec la technologie, alors pourquoi pas nous?»
Le coût total du projet, incluant les études, la conception, la réalisation et le suivi scientifique, s’élève à 880 752$. Laval a toutefois reçu une subvention de 355 250$ de la Fédération canadienne des municipalités, ce qui porte les frais assumés par la Ville à 525 000$.
Shannon Messier note qu’il fallait s’attendre à un coût initial plus élevé, puisqu’il s’agissait d’un projet-pilote et de nouvelles composantes.
«En théorie, ça devrait être moins cher sur le long terme, ajoute-t-il. On sait maintenant comment le faire et on sauve les coûts du raccordement au réseau d’égout. Le pavage est plus dispendieux, mais globalement c’est moins cher et il y a un gain énorme au niveau environnemental par rapport à un projet traditionnel.»
Premiers tests concluants
C’est l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) qui s’assurera de faire le suivi scientifique pendant cinq ans.
«L’objectif est de mesurer la performance, durabilité et capacité du système à filtrer l’eau avant qu’elle n’atteigne la nappe phréatique, lit-on sur le site de la Ville. Ce suivi permettra de déterminer si la chaussée perméable pourrait être utilisée ailleurs à Laval.»
Deux séries de tests ont été effectués en novembre, l’une par la firme EXP et l’autre par l’INRS. Dans les deux cas, un taux d’infiltration moyen supérieur à 11 000 mm par heure a été observé. Cela signifie que l’eau s’infiltre très rapidement.
«À titre comparatif, les recommandations du ministère des Transports du Québec indiquent qu’un taux d’environ 2500 mm/h est considéré comme adéquat, tandis qu’un taux inférieur à 250 mm/h devient problématique», détaille Carolanne L. Gagnon, conseillère en affaires publiques à la Ville de Laval.
L’ouvrage absorbe ainsi plus de quatre fois le seuil recommandé.
«De notre expérience, tous les sites en asphalte ou pavé perméables infiltrent toujours très bien quand on les installe, note Sophie Duchesne, professeure-chercheuse spécialisée en gestion de l’eau en milieu urbain à l’INRS et responsable du suivi scientifique sur la rue Leclair. L’inconnue est de voir comment ça va se comporter au fil du temps.»
Hiver québécois
Parmi les questionnements qui subsistent, notons les rigoureux hivers québécois. Les tests de l’INRS serviront à identifier les enjeux potentiels.
Sophie Duchesne ne croit pas que le gel sera un problème, puisque l’eau s’infiltre à un mètre de profondeur et se retrouve dans du gravier assez grossier. Cela permet à l’eau d’avoir de l’espace pour prendre de l’expansion lors du gel. Les déformations et craques de surface devraient même être moins importantes que celles des rues traditionnelles.
La chercheuse souhaite plutôt analyser si le déplacement de sédiments aura un impact sur la perméabilité de la rue.
«On dit souvent de ne pas mettre de sel, sable ou gravier pour ne pas boucher les pores de l’asphalte perméable, mais les véhicules et les pneus ont toujours des sédiments qui finissent par tomber. Il faudra voir si le nettoyage après l’hiver permettra de bien enlever ça.»
À cet effet, Shannon Messier note que des consignes claires ont été émises au Service des travaux publics pour le déneigement de la rue Leclair. On fera également trois nettoyages chaque année.
Étendre le projet
Shannon Messier ne cache pas son engouement pour ce projet. Il espère le voir se reproduire ailleurs dans la région lorsque possible.
«Il y a une contrainte concernant le type de sol et les véhicules lourds, explique-t-il. […] Je ne pense pas que nous sommes rendus aux boulevards, mais si on peut transformer notre façon d’infiltrer l’eau dans nos rues locales, ça pourrait réduire la quantité d’eau qui va dans nos égouts et les problèmes de débordements sur le territoire.»
Sophie Duchesne partage cet avis.
«Si on voulait vraiment adapter nos réseaux avec seulement des conduites sous-terraines, il faudrait tout déterrer, ce qui est impossible, image-t-elle. De toute façon, il faudrait tout recommencer dans 20 à 30 ans, car ça ne répondrait plus à la demande. C’est plus intéressant de travailler en surface plutôt que de tout déterrer et remplacer.»
Mme Duchesne complète en notant que ce type de solution permet même de réduire les problèmes de débordement dans les cours d’eau, là où la majorité des eaux sont actuellement renvoyées.
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