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Les jours du Club de golf Islemere, fondé en 1919, seraient comptés. (Photo Depositphotos)

Immobilier

Le Club de golf Islemere à vendre pour 80 M$

(Mise à jour: 30 novembre 8h35)

Depuis trois jours, le Club de golf Islemere est annoncé sur le site Centris à 80 millions de dollars.

Le prix demandé représente près de 8 fois la valeur foncière au nouveau rôle triennal d’évaluation, laquelle s’établit à 10,5 M$.

Joint par téléphone hier midi, Sylvain Bernèche, l’un des courtiers inscripteurs, s’est refusé à tout commentaire, préférant relayer notre demande au «propriétaire» dont nous étions toujours sans nouvelle au moment de mettre en ligne le 26 novembre.

Quant au président de la compagnie à numéro détenant ce club de golf fondé en 1919, Jean-Paul David, il n’a pas retourné l’appel du Courrier Laval.

«Ça nous inquiète, indique Jonathan Tremblay, porte-parole du Mouvement du Parc Sentiers des Bois dans le secteur Jolibourg, à Sainte-Dorothée. D’autant que l’inscription survienne 15 jours après les élections, dit-il.

Cela confirme la rumeur du printemps 2020 venue aux oreilles d’usagers du Parc du Sentier des Bois à l’effet que le club allait être vendu au coût de 70 M$. «On n’y croyait pas vraiment, mais là je pense que c’est assez clair.»

Zonage

En matière de zonage, l’inscription identifie le terrain à vendre comme «Autre» et «Résidentiel», ce qui porte à confusion souligne M. Tremblay.

Selon les dires de ce citoyens avisé, deux lots jouxtant les 27 trous du golf seraient zonés résidentiels, dont un minuscule terrain situé en zone inondable au sud du chemin du Bord-de-l’Eau. Il s’agirait d’un milieu humide d’intérêt protégé par la Ville.

L’autre lot consiste en une bande de terrain boisé délimitant à l’est le terrain de golf Le Cardinal. Il se trouve précisément dans l’axe du prolongement de la rue Patrick. À l’extrémité nord, le terrain débouche sur les anciens par 3 et champ de pratique du golf Cardinal où s’implante actuellement un projet immobilier de 700 résidences.

Lobbyisme

Selon le Registre des lobbyistes, Claude Théberge avait été recruté l’an dernier par la Société Immobilière Bourgie inc, une société par actions. Son mandat: entreprendre des démarches de négociation auprès de la Ville de Laval en vue d’obtenir une modification de zonage, le terrain du Club de golf Islemere étant essentiellement zoné parc.

L’objectif était d’y permettre un développement résidentiel sur l’ensemble des 9,3 millions de pieds carrés en y autorisant les résidences unifamiliales isolées, les maisons jumelées et en rangée, les duplex, triplex et les complexes d’immeubles multifamiliaux avec une mixité des usages. Toujours selon le registre des activités de lobbyisme exercées auprès des titulaires de charges publiques au Québec, le mandat confié à M. Théberge couvrait la période du 17 février au 31 décembre 2020.

Le cabinet du maire réagit

Appelé à réagir, le cabinet du maire précise d’emblée dans un échange de courriels que le zonage actuel du terrain (PA-10) autorise les usages publics de même que l’usage récréation commerciale 1 propre au terrain de golf. «Il ne pourrait donc pas y avoir de développement d’usages résidentiels, commerciaux ou industriels avec le zonage actuel.»

Puis, on rappelle la proposition soumise aux Lavallois dans la cadre de la révision des règlements d’urbanisme tenue au printemps dernier. «Il était proposé que l’usage de parc pour cet espace soit maintenu en ouvrant la porte à une possibilité de modification réglementaire, auquel cas un plan d’aménagement d’ensemble (PAE) aurait été nécessaire et les citoyens auraient eu le droit de s’opposer par référendum à un changement de zonage.»

Cette consultation publique a mené au dépôt de 263 mémoires, dont certains portaient justement sur l’avenir des golfs à Laval. «Nous sommes présentement en analyse de changements que nous pourrions apporter à la réglementation», précise-t-on.

Engagement

Soumis à la pression du développement immobilier à l’échelle du Grand Montréal, ces grands espaces verts zonés récréatif ont retenu l’attention cette année et Laval n’y a pas fait exception. Si bien que le Mouvement du Parc Sentiers des Bois, qui a rejoint les rangs de la Coalition des terrains de golf en transition (CTGT), en a fait un enjeu électoral. L’organisme milite, entre autres, pour que la Ville convertisse en parcs-nature les golfs qui cesseront leurs activités.

«Si certains golfs venaient à être mis en vente, nous évaluerons l’opportunité d’en faire l’acquisition», peut-on lire dans la plateforme du Mouvement lavallois qui s’est engagé à préserver au moins 50 % de ces espaces verts advenant un changement de vocation.

Au cabinet du maire, on persiste et signe tout en soulignant l’importance que revêt l’acceptabilité sociale pour tout futur développement: «Nous avons bien l’intention de respecter notre engagement.»

Secteur d’expansion urbaine

Dans le projet de règlement du nouveau Code de l’urbanisme (CDU), dont l’entrée en vigueur est prévue au second semestre 2022, on désigne ces terrains à vocation récréotouristique comme «secteur d’expansion urbaine (SEU.5)».

À la page 657 du Code qui tient sur plus d’un millier de pages, on précise ainsi l’intention:

«De la catégorie «Secteur d’expansion urbaine», le type de milieux SEU.5 est caractérisé par la présence de terrains de golf qui offrent une opportunité de développement ou de redéveloppement. Dans ce type de milieux, la réglementation applicable vise à favoriser une planification d’ensemble cohérent et répondant aux objectifs de la Ville en matière de développement durable. Ces sites sont assujettis à la procédure relative aux plans d’aménagement d’ensemble (PAE) et tout PAE proposé devra respecter des balises de développement. L’objectif est d’assurer le déploiement de quartiers exemplaires sur le territoire lavallois

Critères d’évaluation

Deux cent dix (210) pages plus loin, le Code identifie deux critères d’évaluation spécifiques pour toute éventuelle demande d’approbation d’un PAE ciblant les lots correspondant au Club de golf Islemere. Outre le fait d’assurer une transition harmonieuse avec le milieu bâti, on y apprend que le projet devra «orienter la densité résidentielle dans le périmètre de l’aire TOD (Transit-Oriented Development) de la gare de l’île Bigras» du futur Réseau express métropolitain (REM) dont le tronçon lavallois serait mis en service en 2024.

Selon Jonathan Tremblay, ces critères ont été ajoutés au document qu’une fois les consultations publiques terminées. Le 28 juin, au moment où son groupe déposait le mémoire intitulé L’importance de protéger le Parc Sentiers des Bois tout en redéfinissant l’avenir des golfs en espaces verts, ces critères étaient, à sa connaissance, toujours inconnus.

Information démentie par la porte-parole de la Ville, Anne-Marie Braconnier, dans les jours suivant sa mise en ligne: «Le projet de règlement numéro CDU-1 relatif au Code de l’urbanisme de la Ville de Laval a été adopté le 22 avril 2021 et déposé pour consultation par tous depuis ce temps sur repensonslaval.ca. Aucune autre modification n’a été faite depuis.»

Créé au printemps 2020 dans la foulée de la coupe massive d’arbres effectuée le long de l’avenue des Bois, le Mouvement du Parc Sentiers des Bois est membre de la Coalition mobilisations citoyennes environnementales de Laval.  Vigile Mille-îles, Les amis du Bois de Naples, Mobilisation Bois de L’Équerre, Groupe Saint-François Zonage 2021, St-François (Laval) – quartier écolo! et Les Amis du Boisé d’Auteuil complètent cette coalition formée au cours des derniers mois.

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Journaliste à l'économie, l'environnement, le logement et la politique municipale, provinciale et fédérale, sstamour@2m.media, 450-667-4360 poste : 3523

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