Mis à jour le 17 juillet 2026 à 14h29
Le projet immobilier de 156 logements rue du Barrage dans Saint-Vincent-de-Paul a doublement retenu l’attention la semaine dernière.
Suscitant grogne et inquiétude auprès des domiciliés de cette rue en cul-de-sac, ce projet de construction est la cible d’une pétition de 343 signataires, déposée à l’assemblée du conseil municipal le 7 juillet dernier.
Deux jours plus tard, le développeur Dév Méta tenait une première rencontre citoyenne au gymnase de l’école George Vanier dans le cadre d’un comité de bon voisinage, visant «à établir un dialogue avec le milieu d’accueil et maintenir des relations transparentes et harmonieuses». Une soixantaine de citoyens ont répondu à l’appel.

Enjeu de sécurité
Les sources d’inquiétude sont grandes dans le voisinage.
À commencer par la falaise au pied de laquelle on coulera les fondations de ce complexe multi-logements de cinq étages. Habitant l’une des deux tours voisines à l’est, Louise Valiquette a parlé de «la fragilité» de la falaise en rappelant certains événements du passé. Notamment au début des années 1980 lors de la construction du Domaine du Barrage, là où elle vit. «La falaise s’est effondrée partiellement, provoquant un glissement de terrain sur le boulevard Lévesque et l’évacuation d’urgence de ses résidents», a-t-elle mentionné à la dernière assemblée municipale. Vingt ans plus tard, en 2001, la Ville exigeait l’arrêt immédiat d’un nouveau chantier en raison de l’instabilité du terrain due à des travaux d’excavation et de déboisement effectués à la base de la paroi rocheuse qui culmine à 30 mètres.
Puis, Mme Valiquette est revenue sur l’éboulement survenu l’été dernier sur l’avenue Bellevue, deux kilomètres plus à l’est. Le bloc rocheux d’une tonne qui s’était détaché de la falaise pour finir sa course sur la terrasse d’une propriété avait forcé l’évacuation de 9 foyers et coûté à la Ville 700 000 $ pour sécuriser les lieux. «On parle ici de la même falaise dont l’historique insécurise au plus haut point» le voisinage.

Stationnement sur rue
Également domiciliées au Domaine du Barrage, Monique Clouâtre et Astrid Gagnon soulèvent l’enjeu de la densification alors que le nombre de logements sur cette rue sans issue passerait de 120 à 276, ce qui aura pour effet de doubler la circulation locale déjà sous forte pression considérant l’attrait majeur que présente la berge de l’Alose auprès des pêcheurs.
«Le stationnement sur rue est déjà particulièrement difficile», indique Mme Gagnon. «C’est plein, plein, plein», renchérit Mme Valiquette en évoquant la période de reproduction de l’alose savoureuse qui, à chaque printemps, en fait une pêche miraculeuse en aval de la centrale hydroélectrique de la Rivière-des-Prairies.

En mai et juin, au retour du travail, il n’est pas rare que son conjoint doive garer sa voiture sur la rue Joly en haut du boulevard Lévesque, à plus d’un demi-kilomètre à l’ouest. «Si c’est pour être comme ça à l’année, on a un problème», confie-t-elle en entrevue.
Avec un taux de 1,6 véhicule par ménage à Laval, l’ajout de 156 logements représenterait un volume de 250 voitures, soit 75 de plus que le nombre de cases de stationnement intérieures prévu au projet.
«C’est sûr que c’est une préoccupation», reconnaît le partenaire de Dév Méta, Gaétan Cormier, qui concède ne pas avoir la solution.

Revendications
Les pétitionnaires demandent à l’administration du maire Stéphane Boyer :
- De rendre publiques toutes les études géotechniques et d’ingénierie liées au projet;
- De faire valider ces études par un expert indépendant mandaté par la Ville;
- D’expliquer publiquement les raisons de la dérogation accordée et ses impacts réels sur le projet;
- De garantir la sécurité des citoyen.ne.s et d’exiger du promoteur les garanties financières nécessaires pour couvrir tout dommage éventuel aux bâtiments voisins du boulevard Lévesque Est et de la rue du Barrage;
- D’évaluer les impacts de l’imposant projet de plus de 150 logements sur les infrastructures d’eau et d’égout, la circulation, la sécurité et l’accès à la berge de l’Alose et d’en rendre publics les résultats;
- De prendre les mesures nécessaires pour diminuer le nombre de logements du projet si celui-ci devait se faire.
Au sujet des dérogations mineures avalisées par le comité exécutif en avril dernier sous la recommandation du comité consultatif d’urbanisme, le maire Boyer a déjà indiqué qu’elles visaient essentiellement à «améliorer le projet» qui respectait le zonage en vigueur et qu’en ce sens, le promoteur pouvait aller de l’avant de plein droit.
Quant à la stabilité de la paroi rocheuse, M. Boyer a mentionné qu’il restait des «analyses à faire» et que le Service de l’ingénierie s’assurerait évidemment que tout soit parfaitement sécuritaire et conforme avant que la Ville ne délivre le permis.
De son côté, l’ingénieur François Laniel, chef de service en ingénierie, mécanique des roches et géotechnique chez Géoclaste, a indiqué à la rencontre citoyenne du 9 juillet convoquée par le promoteur que les études géotechniques étaient complétées et qu’on était à l’étape de la conception du mur de soutènement pour retenir les sols en place et stabiliser la falaise.
Chantier prévu à l’automne
À ce comité de bon voisinage, qui a donné lieu à des échanges empreints de civilité, Dév Méta a dévoilé les modélisations de son projet connu sous le vocable Eaux-Vives-sur-le-Parc.
Selon l’échéancier, on prévoit débuter la construction à l’automne pour livrer un immeuble de 5 étages et 156 unités locatives à l’été 2028.
À la fin de la rencontre, Gaétan Cormier a fait valoir l’expérience de Dév Méta en tant que développeur, dont la société-sœur QMD est l’entrepreneur général qui construira le projet.
«Les préoccupations que vous avez concernant la falaise, on a les mêmes préoccupations. C’est pour ça qu’on travaille avec des consultants, des gens compétents qui ont l’expertise, a-t-il dit en vantant les mérites de François Laniel qu’il décrit comme le gardien de la falaise. On est développeur, constructeur et propriétaire; on ne veut pas de problème».
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