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Les 68 membres du personnel de direction à la Ville de Laval ont renouvelé leurs conditions de salaire et d’emploi, lesquelles étaient échues depuis le 31 décembre 2018. (Photo 2M.Media – Archives)

Conseil municipal

Des cadres supérieurs gagnent 10 jours de congé additionnels

Les nouvelles conditions de travail du personnel de direction à la Ville de Laval ont été adoptées dans la division lors de la dernière assemblée du conseil municipal.

«Indécent», «gênant», «irresponsable» et «inacceptable», voilà les commentaires que s’est attirée l’administration Demers-Boyer lors des échanges entourant le renouvellement des conditions salariales et d’emploi des 68 cadres membres de la haute fonction publique municipale lavalloise.

Vacances annuelles et congés personnels

Désormais, le personnel de direction a droit à 5 semaines de vacances (25 jours ouvrables) dès qu’il atteint 1 an de service continu. Jusque-là, les cadres supérieurs devaient attendre 8 ans avant de passer de 4 à 5 semaines de vacances par année.

Également, à compter de cette année, les cadres supérieurs disposent d’une banque annuelle de congés personnels de 5 jours. Enchâssée dans le recueil des conditions de travail liant la Ville aux membres de l’Association du personnel de direction jusqu’au 31 décembre 2023, cette nouvelle clause est «en reconnaissance des efforts supplémentaires fournis durant leur semaine de travail», peut-on y lire.

À cet égard, le maire Marc Demers a rappelé que «les cadres n’ont aucun temps supplémentaire rémunéré», ajoutant qu’«on sait tous qu’ils font pas mal plus que 40 heures par semaine» alors que leur horaire de travail est fixé à 33,75 h/semaine.

«Dangereux précédent»

Chef de l’opposition officielle, Michel Trottier y voit une politique de deux poids deux mesures.

«Tous nos employés ont redoublé d’ardeur pour livrer la marchandise, a-t-il dit en évoquant le rendement des travailleurs de première ligne ces 15 derniers mois. Est-ce qu’on leur a offert une semaine, je dirais même deux semaines de congé de plus?»

M. Trottier a enchaîné: «C’est une bonification des conditions de travail qui ne s’explique pas. On crée un dangereux précédent pour les prochaines négociations de conventions collectives. Ce n’est pas du tout dans notre intérêt comme ville et ça nous place dans une situation précaire».

Ce à quoi le maire a répliqué que son administration avait pris soin de renouveler au préalable les contrats de travail pour l’ensemble des groupes d’employés municipaux afin justement d’éviter d’«influencer les négociations avec les syndicats».

En tenant compte des 16,5 jours chômés et payés, un cadre supérieur en poste depuis 1 an bénéficiera de 46,5 jours de congé par année, déplore le leader de l’opposition et chef de Parti Laval. «C’est deux mois et une semaine où les gens ne sont pas au travail», insiste-t-il.

Programme de récompense

Au surplus, la Ville met en place un projet pilote afin «de récompenser la contribution des membres de la direction lors de situation exceptionnelle de dépassement et d’effort ou lors de situation exceptionnelle liée à un évènement majeur».

Les objectifs derrière ce programme de reconnaissance sont, entre autres, d’«encourager la performance organisationnelle» et «favoriser la mobilisation et retenir les talents clés».

Pour l’année en cours, les primes que l’on versera sous forme de montant forfaitaire totaliseront une enveloppe maximale de 58 600 $, somme équivalant à 0,5 % de la masse salariale du personnel de direction qui s’élève annuellement à plus de 11,7 M$. En excluant le poste de directeur général, le salaire moyen versé à un cadre supérieur se chiffre à 172 000 $.

Il est prévu de récompenser un maximum de 15 à 20 % des employés éligibles par année.

Ce programme a soulevé l’ire de Michel Trottier, qui le juge «nettement exagéré dans le contexte actuel». Évoquant les fermetures d’entreprise et pertes d’emploi provoquées par la pandémie, il a fait valoir que les «cadres sont engagés pour faire face à des situations exceptionnelles».

Enjeu électoral?

Si l’opposition officielle souhaitait que l’administration Demers-Boyer refasse ses devoirs à la faveur d’une proposition plus «juste et équitable dans le respect de tous les employés», le second groupe d’opposition espérait plutôt que le dossier soit reporté au lendemain du scrutin municipal du dimanche 7 novembre.

«À 19 semaines des élections, il serait plus sage d’attendre, a indiqué le conseiller de Saint-Vincent-de-Paul pour Action Laval, Paolo Galati. Laissons nos citoyens parler! et la nouvelle administration pourra agir selon le mandat qui lui sera accordé».

Même son de cloche du côté de ses collègues Isabella Tassoni (Laval-des-Rapides) et David De Cotis (St-Bruno) qui, sans le dire ouvertement, y voyait-là un enjeu électoral.

Membre du comité exécutif et conseiller de Sainte-Dorothée, Ray Khalil a précisé qu’«on ne négocie pas sur la place publique les conventions collectives», alors que le maire Demers a défendu l’«équité» et l’«efficacité» des conditions négociées. «On va continuer à faire notre travail jusqu’à la prochaine élection», ont-ils affirmé.

Même que M. Demers et son bras droit, Stéphane Boyer, vice-président du comité exécutif, ont fait valoir le «courage politique» derrière cette décision de réviser les conditions de travail et la politique de rémunération du personnel de direction à moins de quatre mois des élections.

«Décision sage et éclairée»

Aux dires de Ray Khalil, il s’agit d’une «décision éclairée et sage pour le bien des Lavallois» puisqu’elle assure «une pérennité dans les connaissances et une continuité dans nos services».

Ces nouvelles conditions, dit-il, étaient nécessaires pour non seulement attirer des candidats de valeur, mais également retenir les meilleurs gestionnaires cadres au sein de l’organisation.

«Ces dernières années, de très performants employés nous ont quittés pour d’autres emplois; ç’a un coût pour la Ville. Dans certains secteurs, la difficulté n’est pas de se trouver une job, mais de ne pas perdre ses employés. C’est la difficulté à laquelle on fait face.»

Propos corroboré par Stéphane Boyer qui soutient que la Ville n’échappe pas à la pénurie de main-d’œuvre qui affecte les entreprises. «Nous aussi on doit recruter», a-t-il rappelé, ajoutant que la Ville avait «besoin de cadres, de bons gestionnaires, de gens compétents».

Étude de HEC

Michel Trottier affirme que Laval offrait déjà «des conditions d’emplois extraordinaires» à ses employés, citant une étude publiée l’an dernier par le Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal qui portait sur la rémunération et les effectifs dans les municipalités de plus de 25 000 habitants. «Les employés de la Ville de Laval sont les mieux payés au Québec et arrivent en 2e place quand on ajoute les avantages sociaux.»

«C’était d’ailleurs au niveau des cadres que l’écart était le plus important», a renchéri son collègue et conseiller dans Fabreville, Claude Larochelle.

Cette même étude révèle que c’est à Laval où l’on observe depuis 2014 l’une des plus faibles croissances annuelles moyennes de la rémunération globale parmi les villes de plus de 100 000 habitants, nuançait Stéphane Boyer.

M. Khalil a pour sa part expliqué le choix qu’a fait la Municipalité «de mieux payer [ses] employés et en avoir moins», ce qui fait en sorte que «la masse salariale par tranche de 1000 habitants se trouve dans la moyenne des 10 grandes villes du Québec». En clair, a-t-il continué, «on ne surpaie pas, mais on paie intelligemment».

Une explication qui n’a pas convaincu le conseiller de Vimont et chef du parti Laval citoyens, Michel Poissant. «Calculer la masse salariale sur 1000 habitants, c’est bon dans les villages, mais ça ne fonctionne pas à Laval, a-t-il réagi. Faut ramener ça sur l’assiette fiscale».

À lire également: La rémunération du DG de la Ville passe à 330 000 $

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Journaliste à l'économie, l'environnement, le logement et la politique municipale, provinciale et fédérale, sstamour@2m.media, 450-667-4360 poste : 3523

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