Mis à jour le 30 septembre 2026 à 12h02
Une maison patrimoniale presque bicentenaire, située dans Chomedey, est aujourd’hui en péril. Laissée à l’abandon depuis plusieurs années, la résidence se dégrade progressivement et est menacée de destruction en raison de son état.
Située au 3753, boulevard Saint-Elzéar Ouest, la demeure est presque invisible depuis la rue, dissimulée derrière une végétation luxuriante qui n’est plus entretenue.
La Société d’histoire et de généalogie de l’Île Jésus (SHGIJ) l’a baptisée Maison Verdon, du nom de la première famille à y avoir élu domicile.
Le 27 août, la SHGIJ a consacré une publication Facebook à l’histoire et à l’état de cette maison, dont le corps principal a été construit en 1836 sur les fondations d’une demeure datant d’au moins 1771.
La publication a recueilli quelque 350 mentions «J’aime» et près d’une centaine de commentaires.
Pour l’organisme, il ne s’agit pas simplement d’une «vieille maison de pierre».
Cette demeure «raconte la colonisation de l’Île Jésus, la vie rurale, l’histoire de Saint-Martin, les rébellions de 1837-1838 et le développement de la communauté lavalloise», peut-on lire.
Richard Verdon, porte-parole de la SHGIJ, porte un intérêt tout particulier à cette maison: il s’agit de la demeure de ses ancêtres.
M. Verdon a d’ailleurs collaboré avec l’organisme afin d’approfondir ses recherches sur l’histoire du bâtiment.
«Au fil des années, j’ai constaté que la maison se dégradait. Mais depuis l’année dernière, et encore davantage cette année, la situation s’est accélérée, explique-t-il. Ce qui m’inquiète surtout, c’est la présence d’un foyer qui aurait été utilisé par des squatters. Il ne faudrait pas grand-chose pour qu’un incendie se déclare.»
Maison à l’abandon
«L’eau s’infiltre à l’intérieur de la bâtisse par des ouvertures brisées, dont l’une qui est située sur le toit, souligne Richard Verdon. Cet hiver, la neige causera davantage de dégâts.»
Plusieurs propriétaires se sont succédé au fil des ans. Selon le registre foncier du Québec, le propriétaire actuel a acquis la maison le 3 octobre 2007.
Le 21 mai 2021, le propriétaire a déposé un mémoire dans le cadre de la consultation publique sur la révision du Code de l’urbanisme (CDU) de la Ville, qui soulève des interrogations.
«Considérant le développement exponentiel d’immeubles en hauteur dans ce secteur dont un immeuble de 9 étages adjacent à ma propriété, je désire vous demander de considérer une augmentation de la hauteur autorisée pour un futur bâtiment à construire sur mon lot 5 105 167», mentionne le document.
La page Facebook Visite interdite, qui diffuse du contenu consacré aux bâtiments à l’abandon, a publié une vidéo et des photos récentes montrant l’intérieur de la maison, le 24 mars 2026.
Les images montrent une demeure dans un état de dégradation avancé.
Sécuriser le site
Ce bâtiment figure à l’inventaire des immeubles présentant une valeur patrimoniale, indique la Ville de Laval.
Selon le porte-parole Jonathan Lévesque, la résidence a été évaluée en 2016 par un consultant mandaté par la Ville.
«À cette époque, ce bâtiment présentait déjà un état avancé de dégradation attribuable à un probable abandon et avait fait l’objet de modifications importantes, notamment des agrandissements latéraux», explique-t-il.
La Ville a adopté en 2023 le règlement numéro L-12950, relatif à l’entretien des bâtiments, afin «de mieux protéger les bâtiments présentant un intérêt patrimonial et d’intervenir plus efficacement dans les situations de dégradation.»
«Depuis l’entrée en vigueur de ce règlement, la Ville est intervenue de façon soutenue auprès du propriétaire afin d’assurer la sécurité du site et de favoriser la préservation de ce bâtiment patrimonial, précise M. Lévesque. Plusieurs inspections ont été réalisées et des avis, ainsi que des constats d’infraction, ont été délivrés par le Service de l’urbanisme, le Service de l’environnement et de l’écocitoyenneté et le Service de sécurité incendie de Laval. Ces démarches ont mené à des interventions du propriétaire.»
Malgré ces actions, la situation demeure problématique.
«Les inspections récentes ont permis de constater de nouvelles infractions, ajoute le porte-parole de la Ville. Les services municipaux poursuivront donc leurs interventions et utiliseront l’ensemble des pouvoirs dont ils disposent pour assurer le respect de la réglementation en vigueur et la protection du bâtiment.»
La situation préoccupe également des organismes voués à la sauvegarde du patrimoine québécois.
Le 15 septembre, Maisons anciennes du Québec a fait parvenir une lettre au cabinet du maire de Laval afin de faire part de ses inquiétudes.
«La perte d’un grand nombre de bâtiments patrimoniaux sur le territoire de Laval au cours des décennies 1990 et 2000 devrait pousser l’administration actuelle à porter une attention particulière à son patrimoine bâti et donc favoriser sa mise en valeur et la protection de son environnement immédiat», a notamment écrit Jacques Archambault, président de l’organisme.
Les Patriotes
Au-delà de son âge et architecture, la Maison Verdon est liée à l’histoire de Saint-Martin et aux événements entourant la rébellion des Patriotes (1837-1838).
Son premier propriétaire, Laurent Verdon (1780-1854), emménage en 1836 dans la nouvelle demeure qu’il vient de faire construire.
Le 11 juin 1837, alors que les tensions s’intensifient entre les Patriotes et les Britanniques, Laurent Verdon est nommé représentant des Patriotes pour la paroisse de Saint-Martin, aux côtés notamment d’André-Benjamin Papineau, relate la SHGIJ sur son site.
À l’approche de l’assaut contre les Patriotes à Saint-Eustache, les troupes britanniques établissent leur campement à Saint-Martin.
Les soldats s’installent alors à proximité de la résidence de Laurent Verdon et réquisitionnent ses chevaux, son foin et son bois. L’armée le menace même de détruire sa maison s’il refuse d’obtempérer.
Près de deux siècles plus tard, la Maison Verdon se retrouve une nouvelle fois confrontée à une menace de destruction.
Une pétition est en ligne sur le site Change.org afin de «demander aux autorités locales de reconnaître la valeur fondamentale de ce bâtiment et d’investir dans sa préservation».
À ce jour, une centaine de personnes ont signé la pétition.
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