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Renée Martel a remplacé la honte par la fierté

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Renée Martel a remplacé la honte par la fierté

RÉSILIENCE. Quand elle accouche de sa fille, en août 2010, Renée Martel revit les abus de son enfance en cauchemars et retours en arrière. L’urgence de dénoncer ses parents pour inceste devient une obsession. L’espoir d’une délivrance.

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À ce moment, elle surprotège son bébé. Son anxiété et ses angoisses la dévorent. Elle craint, une peur non fondée, de laisser sa petite fille seule avec son conjoint.

Dans les années 1980, le père de Renée Martel, qui est originaire de Saint-Roch-de-l’Achigan, dans Lanaudière, la viole une première fois. Elle a quatre ans. D’abord complice, la mère a commencé elle aussi à l’agresser sexuellement trois ans plus tard. L’inceste perdurera jusqu’à ses neuf ans alors que la violence physique et verbale restera le lot quotidien de la famille jusqu’à son départ pour étudier du côté de Montréal.

À 14 ans, Renée Martel tentera de se suicider. «Ma mère m’a laissée au triage, se souvient-elle. Elle est revenue me chercher deux jours plus tard.»

Premier geste

En 2011, infirmière à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, la résidente de Sainte-Dorothée consultera la psychologue du programme d’aide aux employés, évaluant la meilleure option pour elle: lettre écrite à ses parents, rencontre ou dénonciation.

«La psy et moi nous entendions sur le besoin d’un accompagnement, sinon, c’était la dépression grave et profonde, raconte Renée Martel. J’ai appelé le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) et parlé à Julie (Paiement) que j’aime tellement d’amour! Elle m’a accueillie avec une douceur extraordinaire, sans aucun jugement, alors que j’étais complètement démolie.»

12 rencontres

Criminologue et intervenante au CAVAC de Laval, Julie Paiement lui conseille de dénoncer pour pouvoir tourner la page. Elle propose le programme habituel de 12 rencontres. Après avoir consulté un avocat et son poste de police de quartier, Renée Martel fait le premier pas. Elle sent le temps presser, son père ayant éprouvé de sérieux problèmes cardiaques.

«Je suis devenue obsédée, voulant me débarrasser de ce poison-là à tout prix, relate la femme de 34 ans qui a été reniée par sa famille. Julie me sécurisait dans mes émotions et réactions. À la première rencontre, j’ai juste pleuré, mais je ne me sentais plus seule et incomprise. Je peux encore l’appeler au besoin. Sur cent, je lui donne un million!»

«Quand on endure autant de menaces, de violence physique et psychologique en paroles et agressions, les dommages sont profonds, souligne Julie Paiement. Nous devons travailler fort sur la confiance et l’estime de soi, en plus de leur apporter un certain apaisement. Il faut avancer pas à pas.»

Lors d’un déjeuner marquant la Semaine des victimes et survivants d’actes criminels, en 2015, Renée Martel a reçu le plus beau des cadeaux de son intervenante: celui de pouvoir livrer son témoignage devant public, au Palace de Laval. «J’ai remplacé toute la honte et le poids du passé par la fierté.»

Long processus

Déclaré coupable le 28 janvier, le père de Renée Martel est décédé d’un malaise cardiaque quatre jours avant le verdict de ce procès ayant duré plus de quatre ans. Le 25 avril, sa mère, qui est âgée de 65 ans aujourd’hui, a été acquittée. Renée Martel étudie maintenant les options qui s’offrent à elle, à savoir faire appel ou déposer d’autres recours, si possible.

Sinon, quand sa fille sera plus vieille, la Lavalloise compte faire ce qu’il faut pour entreprendre une carrière en service social. «J’ai besoin de donner un sens à mon histoire!»

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Rédacteur en chef, journaliste à la culture et aux faits divers, Benoit.leblanc@2m.media, 450-667-4360 poste : 3526

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