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Pamela S. reprend sa vie en main après 30 ans d’abus

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Pamela S. reprend sa vie en main après 30 ans d’abus

TÉMOIGNAGE. Enfant de la guerre née à Beyrouth, Pamela S. a vu les corrections quotidiennes à coups de ceinturon succéder à la terreur des sirènes, bombes et courses aux abris ayant alimenté ses premières années sur Terre après que sa famille se fut installée boulevard Samson, au début des années 1990.

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«Un verre déplacé, un jouet brisé ou simplement une heure de coucher différente et mon père me demandait de m’agenouiller, les bras tendus, avant de me frapper de sa ceinture, se souvient la jeune entrepreneure de 34 ans, une larme perlant au coin de l’œil. Avec mes deux sœurs dont je suis l’aînée, j’ai grandi dans un milieu très pauvre matériellement et émotionnellement.»

L’enfer avait débuté bien avant le grand départ pour rejoindre une tante installée au Québec depuis une trentaine d’années. La routine était faite d’un père qui insulte, engueule et bat son épouse. Un jour, une dispute plus grave éclatera en voiture.

«Mon père a projeté ma mère hors du véhicule et elle est tombée devant, raconte Pamela S. qui souhaite garder secret son nom de famille. Il lui a roulé dessus. Encore aujourd’hui, je me souviens avoir senti les bosses et sursauts de l’auto! Elle a passé cinq mois à l’hôpital pendant qu’on nous faisait croire qu’elle nous avait abandonnés.»

Dégradation et crise

La situation n’évoluera guère une fois déménagé dans une humble demeure de Chomedey. Les cris et viols conjugaux de la mère dans la chambre des parents se succèdent de nouveau. Également, malgré un salaire annuel de 90 000 $, le graphiste maintient sa famille dans un dénuement quasi total. À lui seul, l’ordinateur, le téléphone et l’automobile.

Diverses interventions du Directeur de la protection de la jeunesse ne changeront rien au sort de l’aînée qui est entrée certains jours de classe avec les poignets bleutés, incapable de rédiger son examen.

«Pamela a vécu une violence extrême, pure et simple, à tous les niveaux, de préciser Audrey Leclerc, intervenante à la maison Le Prélude qui héberge des femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. Ces mères arrivent ici démunies, ne connaissant pas les lois, ce qui amplifie leur dépendance et isolement.»

En novembre 1993, le père disparaît durant cinq semaines. Sans argent, la mère a recours aux banques alimentaires et s’inscrit à des cours de conduite et d’esthétisme. Elle change les serrures. Un soir, quelqu’un frappe aux fenêtres et tente en vain d’entrer par la porte. Préparant le repas pour ses sœurs, Pamela prend peur avant de reconnaître l’homme.

«Mon père a fouillé dans les choses de ma mère qui était à ses cours, relate Pamela S. À son retour, il l’a traitée de pute et mère irresponsable. Ma tante et mon grand-père ont fait irruption. Devant eux, il a dit qu’il accorderait son pardon si ma mère se mettait à genoux et l’implorait.»

Aussitôt, la tante rappellera au père qu’il se trouve au Québec et que sa nièce est une femme libre. Quittant la pièce, l’homme donnera un coup de pied dans la vitre d’une porte coulissante, s’infligeant une vilaine coupure. Revenant sur ses pas, il explosera, se mettant à battre sa compagne sous les yeux de tous.

«J’ai appelé la police et des agents nous ont amenées au Prélude, continue-t-elle. Là-bas, j’ai appris l’existence de monde gentil avec la chance de me rebâtir et bâtir un nouvel univers. On ne réalise pas la richesse du Québec. Jamais je n’ai rencontré une seule intervenante qui n’a pas été merveilleuse. Le Prélude, c’est la graine d’espoir semée en moi qui m’a aidée à commencer à comprendre et sortir de l’état de survie.»

Se construire par soi-même

Au sortir de la maison d’hébergement, le quatuor de femmes emménage dans un cinq et demi, Place Alton-Goldbloom. Les abus psychologiques maternels succéderont alors à la brutalité sauvage paternelle.

«Les enfants vivent souvent la double conséquence de la violence conjugale avec une mère qui entre dans une grande dépression, de noter Audrey Leclerc. La réponse devient une non-disponibilité et une culpabilisation des enfants.»

«Nous étions laissées à nous-mêmes, de dire Pamela. Je m’habillais au Village des valeurs en gardant des enfants à 3 $ de l’heure pendant que j’apprenais la rigueur à l’École d’éducation internationale et que je vivais toujours la honte de me savoir pas comme les autres. Je suis allée pour la première fois au cinéma à l’âge de 18 ans!»

À l’âge de 15 ans, le premier petit ami de l’adolescente est plus vieux d’une décennie, mais il ne l’insulte pas, ne la frappe pas. Les deux amoureux n’ont pas de relation sexuelle. Un désaccord religieux, lui étant de confession musulmane, met fin à la relation. «J’ai alors rencontré un homme de 16 ans mon aîné via Internet, poursuit la jeune femme. Il m’a fait découvrir la négligence émotionnelle, toujours à me rabaisser, me trouver trop grosse. J’ai développé une boulimie sévère.»

Au fil des années, ce sont deux thérapies qui amèneront Pamela à devenir plus autonome émotivement et se départir de liens toxiques dont un mariage qui a viré au naufrage sur le plan économique, le père de sa première fillette lui délaissant la charge de toutes les dépenses dont l’achat d’une propriété.

«Je travaillais fort pour résorber notre lourd endettement et lui me reprochait d’être trop absente alors qu’il passait son temps écrasé sur le divan, dit-elle. Tout reposait sur mes épaules, mais le niveau de stress et d’anxiété vécu dans mon enfance faisait que cet état représentait la normalité pour moi.»

Le mariage aura duré sept ans. Pamela vient tout juste d’entamer les procédures officielles de divorce après avoir longuement hésité.

«C’est dur de sortir de son statut de victime, car c’est renoncer à ce que l’attention soit tournée vers soi.»

Un blogue pour aider et guérir

Le dernier projet de l’entrepreneure est un blogue appelé Pam-Secret.com. Le lancement officiel devrait se faire d’ici la mi-mars. Des articles sur la croissance personnelle permanente et des réflexions s’appuyant constamment sur du concret animeront le site.

«Je veux y parler du pouvoir de croire en soi-même, du courage d’aller chercher de l’aide et se jeter dans l’inconnu, de la douleur, en prenant soin de ne pas se couper de ses émotions et d’accepter qu’on va faire des erreurs en chemin, en plus de raconter mon histoire pour toucher et aider un maximum de gens», de conclure Pamela.

Audrey Leclerc, intervenante à la maison d
Audrey Leclerc, intervenante à la maison d’hébergement Le Prélude, et Pamela S., entrepreneure et blogueuse.  ©Photo – Photo 2M.Media

«Un verre déplacé, un jouet brisé ou simplement une heure de coucher différente et mon père me demandait de m’agenouiller, les bras tendus, avant de me frapper de sa ceinture, se souvient la jeune entrepreneure de 34 ans, une larme perlant au coin de l’œil. Avec mes deux sœurs dont je suis l’aînée, j’ai grandi dans un milieu très pauvre matériellement et émotionnellement.»

L’enfer avait débuté bien avant le grand départ pour rejoindre une tante installée au Québec depuis une trentaine d’années. La routine était faite d’un père qui insulte, engueule et bat son épouse. Un jour, une dispute plus grave éclatera en voiture.

«Mon père a projeté ma mère hors du véhicule et elle est tombée devant, raconte Pamela S. qui souhaite garder secret son nom de famille. Il lui a roulé dessus. Encore aujourd’hui, je me souviens avoir senti les bosses et sursauts de l’auto! Elle a passé cinq mois à l’hôpital pendant qu’on nous faisait croire qu’elle nous avait abandonnés.»

Dégradation et crise

La situation n’évoluera guère une fois déménagé dans une humble demeure de Chomedey. Les cris et viols conjugaux de la mère dans la chambre des parents se succèdent de nouveau. Également, malgré un salaire annuel de 90 000 $, le graphiste maintient sa famille dans un dénuement quasi total. À lui seul, l’ordinateur, le téléphone et l’automobile.

Diverses interventions du Directeur de la protection de la jeunesse ne changeront rien au sort de l’aînée qui est entrée certains jours de classe avec les poignets bleutés, incapable de rédiger son examen.

«Pamela a vécu une violence extrême, pure et simple, à tous les niveaux, de préciser Audrey Leclerc, intervenante à la maison Le Prélude qui héberge des femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. Ces mères arrivent ici démunies, ne connaissant pas les lois, ce qui amplifie leur dépendance et isolement.»

En novembre 1993, le père disparaît durant cinq semaines. Sans argent, la mère a recours aux banques alimentaires et s’inscrit à des cours de conduite et d’esthétisme. Elle change les serrures. Un soir, quelqu’un frappe aux fenêtres et tente en vain d’entrer par la porte. Préparant le repas pour ses sœurs, Pamela prend peur avant de reconnaître l’homme.

«Mon père a fouillé dans les choses de ma mère qui était à ses cours, relate Pamela S. À son retour, il l’a traitée de pute et mère irresponsable. Ma tante et mon grand-père ont fait irruption. Devant eux, il a dit qu’il accorderait son pardon si ma mère se mettait à genoux et l’implorait.»

Aussitôt, la tante rappellera au père qu’il se trouve au Québec et que sa nièce est une femme libre. Quittant la pièce, l’homme donnera un coup de pied dans la vitre d’une porte coulissante, s’infligeant une vilaine coupure. Revenant sur ses pas, il explosera, se mettant à battre sa compagne sous les yeux de tous.

«J’ai appelé la police et des agents nous ont amenées au Prélude, continue-t-elle. Là-bas, j’ai appris l’existence de monde gentil avec la chance de me rebâtir et bâtir un nouvel univers. On ne réalise pas la richesse du Québec. Jamais je n’ai rencontré une seule intervenante qui n’a pas été merveilleuse. Le Prélude, c’est la graine d’espoir semée en moi qui m’a aidée à commencer à comprendre et sortir de l’état de survie.»

Se construire par soi-même

Au sortir de la maison d’hébergement, le quatuor de femmes emménage dans un cinq et demi, Place Alton-Goldbloom. Les abus psychologiques maternels succéderont alors à la brutalité sauvage paternelle.

«Les enfants vivent souvent la double conséquence de la violence conjugale avec une mère qui entre dans une grande dépression, de noter Audrey Leclerc. La réponse devient une non-disponibilité et une culpabilisation des enfants.»

«Nous étions laissées à nous-mêmes, de dire Pamela. Je m’habillais au Village des valeurs en gardant des enfants à 3 $ de l’heure pendant que j’apprenais la rigueur à l’École d’éducation internationale et que je vivais toujours la honte de me savoir pas comme les autres. Je suis allée pour la première fois au cinéma à l’âge de 18 ans!»

À l’âge de 15 ans, le premier petit ami de l’adolescente est plus vieux d’une décennie, mais il ne l’insulte pas, ne la frappe pas. Les deux amoureux n’ont pas de relation sexuelle. Un désaccord religieux, lui étant de confession musulmane, met fin à la relation. «J’ai alors rencontré un homme de 16 ans mon aîné via Internet, poursuit la jeune femme. Il m’a fait découvrir la négligence émotionnelle, toujours à me rabaisser, me trouver trop grosse. J’ai développé une boulimie sévère.»

Au fil des années, ce sont deux thérapies qui amèneront Pamela à devenir plus autonome émotivement et se départir de liens toxiques dont un mariage qui a viré au naufrage sur le plan économique, le père de sa première fillette lui délaissant la charge de toutes les dépenses dont l’achat d’une propriété.

«Je travaillais fort pour résorber notre lourd endettement et lui me reprochait d’être trop absente alors qu’il passait son temps écrasé sur le divan, dit-elle. Tout reposait sur mes épaules, mais le niveau de stress et d’anxiété vécu dans mon enfance faisait que cet état représentait la normalité pour moi.»

Le mariage aura duré sept ans. Pamela vient tout juste d’entamer les procédures officielles de divorce après avoir longuement hésité.

«C’est dur de sortir de son statut de victime, car c’est renoncer à ce que l’attention soit tournée vers soi.»

Un blogue pour aider et guérir

Le dernier projet de l’entrepreneure est un blogue appelé Pam-Secret.com. Le lancement officiel devrait se faire d’ici la mi-mars. Des articles sur la croissance personnelle permanente et des réflexions s’appuyant constamment sur du concret animeront le site.

«Je veux y parler du pouvoir de croire en soi-même, du courage d’aller chercher de l’aide et se jeter dans l’inconnu, de la douleur, en prenant soin de ne pas se couper de ses émotions et d’accepter qu’on va faire des erreurs en chemin, en plus de raconter mon histoire pour toucher et aider un maximum de gens», de conclure Pamela.

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Rédacteur en chef, journaliste à la culture et aux faits divers, Benoit.leblanc@2m.media, 450-667-4360 poste : 3526

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