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Cancer du sein : les risques des retardateurs de flamme bromés

Une étude de la professeure Isabelle Plante du Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) a démontré que les retardateurs de flamme bromés pourraient entraîner un développement précoce des glandes mammaires, associé à un risque plus élevé de cancer du sein.

Cela s’explique par le fait qu’une partie des retardateurs de flamme sont considérés comme des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils interfèrent avec le système hormonal.

Ceux-ci se retrouvent habituellement dans les meubles, appareils électroniques et articles de cuisine pour ralentir la propagation en cas de feu. Ils ne sont toutefois pas liés directement au matériau dans lequel ils sont rajoutés, ce qui facilite l’échappement de leurs molécules.

Les retardateurs de flamme peuvent ensuite se retrouver dans la poussière, l’air et la nourriture.

«Les retardateurs de flamme posent un risque important, particulièrement durant les périodes de sensibilité, soit de la vie intra-utérine à la puberté et pendant la grossesse», souligne la professeure Plante qui est aussi codirectrice du Centre intersectoriel d’analyse des perturbateurs endocriniens et spécialiste en toxicologie environnementale.

Elle ajoute que les perturbateurs endocriniens peuvent imiter les hormones et engendrer une réponse inappropriée des cellules.

Dose environnementale

Lors de ses expériences, l’équipe de recherche a exposé, avant l’accouplement, pendant la gestation et durant l’allaitement, des femelles rongeurs à un mélange de retardateurs de flamme semblable à ce qui se trouve dans la poussière de maisons.

Les biologistes ont ainsi pu observer ses effets sur les mères et leur progéniture, et ce, lors de deux stades de développement.

L’équipe a noté un développement précoce des glandes mammaires chez les rats prépubères. Pour les rats pubères, les résultats, publiés en 2019, montraient une dérégulation de la communication entre les cellules. Des conséquences semblables ont été observées chez les génitrices dans une étude de 2017. Tous ces effets sont associés à des risques accrus de cancer du sein.

La professeure Isabelle Plante souligne que des pics d’exposition ont été constatés chez les humains au début des années 2000.

«Les jeunes femmes exposées aux retardateurs de flamme in utero et pendant l’allaitement sont maintenant au début de leur fertilité. Leurs mères sont, quant à elles, dans la cinquantaine, une période plus à risque pour le cancer du sein», souligne la professeure Plante.

Par ailleurs, l’équipe étudie actuellement le lien entre les perturbateurs endocriniens et une prédisposition au cancer du sein.

Législation débattue

Dans les trois études, la plupart des effets s’observaient alors que les sujets étaient exposés à la dose la plus faible de retardateurs de flamme, celle de la poussière, et non aux doses plus élevées.

Cette observation remet en question la législation actuelle pour les perturbateurs endocriniens.

«Pour évaluer quelle quantité est « sécuritaire », les experts exposent les rongeurs à une dose croissante puis, quand ils observent un effet, l’identifient comme la dose maximale. Or, avec les perturbateurs endocriniens, ce sont les doses plus faibles qui auraient des conséquences à long terme», rapporte la professeure Plante.

Quoique contre-intuitif, ce constat viendrait du fait que l’exposition à des doses élevées entraînerait une réponse toxique auprès des cellules, alors que celle à des doses plus faibles, semblables à la concentration d’hormones dans notre corps, entraînerait des conséquences sur le plan de la dérégulation du système hormonal. (N.P./IJL)

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