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Chantal Corbin
Sur la photo, Chantal Corbin pose pour le calendrier Seinplement moi, dont les profits de la vente seront remis à la Fondation du cancer du sein du Québec. (Photo gracieuseté)

Santé

Apprendre à s’aimer après une mastectomie

Alors que certaines femmes optent pour une reconstruction mammaire après leur mastectomie, d’autres choisissent d’apprendre à s’aimer dans leur nouveau corps. Un cheminement qui ne se fait pas en claquant des doigts.

Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, c’est près de 500 mastectomies qui sont effectuées annuellement sur une clientèle majoritairement composée de femmes.

C’est notamment le cas de Chantal Corbin, qui fête ses cinq ans de rémission cette année.

Celle qui a été diagnostiquée d’un cancer du sein de stade 2 en 2016 avait des chances de survie qui s’élevaient à 80%.

«J’ai tout fait pour qu’il ne revienne pas, partage la femme de 53 ans. J’ai eu une mastectomie partielle et j’ai fait de la chimiothérapie et radiothérapie.»

Quand elle a appris la nouvelle, Chantal Corbin a demandé à sa chirurgienne de lui faire une ablation complète des deux seins. Toutefois, Dr. Isabelle Cayer, praticienne au CISSS de Laval, l’a guidé vers un autre choix.

Aujourd’hui, la combattante exprime sa grande reconnaissance à l’égard de sa chirurgienne, ainsi que son oncologue, Dr. Catherine Lavoie, qui l’ont accompagnée et encouragée tout au long du processus.

«J’étais quelqu’un pour qui les seins, ça n’avait jamais été vraiment important, confie Chantal Corbin. Du moins, c’est ce que je pensais. [Après la mastectomie], j’étais soudainement complexée par mon sein déformé.»

Cheminement

En attendant d’avoir des nouvelles pour une reconstruction mammaire, Chantal Corbin a fait appel aux services de Geneviève Patry, fondatrice de Seinplement moi, une boutique spécialisée en prothèses mammaires située au 327, boulevard du Curé-Labelle, dans Fabreville.

«Quand j’ai rencontré Chantal pour la première fois, elle avait de la misère à s’accepter», se souvient Geneviève Patry.

Or, depuis ce premier rendez-vous, la survivante a fait beaucoup de chemin.

En effet, quand le CISSS de Laval l’a rappelé trois ans plus tard pour sa reconstruction partielle, Chantal Corbin a décliné l’offre. «J’ai constaté que ma féminité, je l’avais encore et que je n’avais pas besoin de retourner en chirurgie».

Aujourd’hui, elle est même capable de dire haut et fort qu’elle trouve sa cicatrice belle. «Je suis fière du combat que j’ai mené, souligne-t-elle. C’est une réelle victoire.»

Ouvrir la discussion

En février 2020, le Courrier Laval publiait l’histoire de Julie Chistie, victime de graves problèmes de santé à cause d’un implant mammaire qu’elle avait depuis près de 30 ans.

La Lavalloise, en collaboration avec l’association française Complètement femme – l’audace d’être entière après une mastectomie, tente de créer des espaces de discussion pour que les femmes mastectomisées puissent échanger et cheminer ensemble vers l’acceptation de leur nouveau corps.

«Plus nous verrons des seins inégaux et naturels, plus les femmes seront portées à faire ce choix et à s’aimer à part entière», souligne-t-elle.

Julie Christie souhaite organiser annuellement dans la région l’événement Toutes à l’eau avec ou sans lolo, qui a pour but de décomplexer les femmes qui ont eu une chirurgie liée à un cancer du sein.

Ainsi, tous les premiers dimanches du mois de juillet, ces dernières seront invitées à venir se baigner librement ensemble pour s’encourager communément dans cette quête d’amour de soi.

«Je veux que les femmes sachent qu’elles ont d’autres choix que la reconstruction mammaire, soutient Julie Christie, qui préconise l’image de sa santé plutôt que son image corporelle. Tout ça, ça commence par la visibilité de femmes confortables dans leur corps.»

Choisir

Geneviève Patry a travaillé 12 ans pour la compagnie WonderBra. Elle constatait, au fil des années, qu’il n’y avait pas de «beaux choix» pour les femmes ayant vécu une mastectomie.

Guidée par une volonté de donner au suivant et combler le manque d’offre de service à domicile dans les produits post-mastectomie, l’esthéticienne électrolyste de formation s’est engagée à aider les femmes à «retrouver leur féminité» et leur confiance en soi.

«J’ai des clientes dont l’âge varie énormément, mais la volonté reste toujours la même: avoir de belles solutions adaptées», témoigne la fondatrice.

Chantal Corbin compare d’ailleurs sa première visite en boutique à un matin de Noël.

«J’ai une vraie collection de Seinplement moi à la maison: soutiens-gorges, culottes et maillots de bain», déclare la survivante, amusée.

Pour Geneviève Patry, il est important que les femmes qui prennent rendez-vous à sa boutique ou à domicile prennent réellement le temps de réfléchir à ce qu’elles veulent avant d’opter pour la reconstruction mammaire.

«Je prends le temps de m’asseoir avec elles et je montre les possibilités qui existent, puis il y a un cheminement qui se fait à travers les visites, soutient la fondatrice. Je dois avouer que c’est plus de la moitié de celles qui souhaitaient faire une reconstruction au départ, qui ne le font pas.»

Selon la Fondation du cancer du sein du Québec, ce sont entre 7% et 15% des femmes mastectomisées qui opteraient pour la reconstruction mammaire.

«Au bout du compte, c’est la personne que tu es qui reste réellement importante. Le corps, ce n’est qu’une enveloppe», conclut Chantal Corbin, qui a profité de cet événement majeur dans sa vie pour changer de carrière.

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