Mis à jour le 06 novembre 2026 à 12h03
Christiane Ayotte a été intronisée, le lundi 26 octobre, au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec à titre de bâtisseuse.
Elle est l’une des sept personnes intronisées de la cohorte 2026 en compagnie des athlètes Luc Brodeur-Jourdain (football), Claude Lemieux (hockey), Russell Martin (baseball) et Marianne St-Gelais (patinage de vitesse courte piste), ainsi que des bâtisseurs Eugène Lapierre (tennis) et Danièle Sauvageau (hockey).
«Je trouve ça gros, mentionne-t-elle humblement. Je faisais tout ça pour les athlètes. Ça me fait chaud au cœur de voir que le message que j’ai tenté de porter ait fait mouche et a eu un impact au Québec.»
Mme Ayotte est une figure mondiale incontournable de la lutte contre le dopage dans le sport.
La chimiste et chercheuse a passé 33 ans à la tête du Laboratoire de contrôle du dopage qui se trouve sur le campus lavallois de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Il s’agit du seul laboratoire accrédité par l’Agence mondiale antidopage (AMA) au Canada.
«Christiane Ayotte a contribué de façon remarquable à l’avancement des connaissances et à l’évolution des pratiques antidopage, souligne Luc-Alain Giraldeau, directeur général de l’INRS, en marge de son intronisation. Cette reconnaissance témoigne de la portée de ses travaux et du rôle essentiel de la recherche scientifique dans la promotion d’un sport intègre.»

Au fil de sa carrière, elle a travaillé sur de nombreux cas devenus célèbres dans l’objectif de faire connaître la vérité et de défendre l’intégrité dans le monde du sport.
«Les laboratoires de contrôle du dopage, nous sommes un peu comme la police du sport, image-t-elle. Il fallait que je sache qui était les bons et les méchants. J’ai développé une intégrité et j’ai décidé que j’allais me battre pour celle-ci. Si je voulais continuer à travailler là-dedans, c’était pour dénoncer les abus.»
Cas célèbres
Christiane Ayotte est arrivée à l’INRS au tournant des années 80 à un moment où le gouvernement du Canada entamait sa lutte contre le dopage dans le milieu du sport. Elle s’est alors spécialisée dans la détection des stéroïdes par spectrométrie de masse.
En 1988, une bombe a secoué le sport international: le sprinteur canadien Ben Johnson est testé positif au stanozolol deux jours après sa conquête de l’or au 100m des Jeux olympiques de Séoul.
«La commission Dubin a eu lieu et a vraiment forcé le milieu du sport à revoir ses pratiques, se rappelle celle qui a grandi à Saint-Vincent-de-Paul. Il n’y avait pas de tests antidopage en dehors des Jeux olympiques et Championnats mondiaux avant ça. Les gouvernements et le milieu sportif se sont dit qu’il fallait faire quelque chose.»
Plusieurs instances ont alors eu recours aux services du Laboratoire de contrôle du dopage qui s’est distingué par son professionnalisme et sa capacité à défendre ses résultats.
«Quand on tombe sur un cas positif, c’est souvent le trouble qui commence [avec les poursuites], note-t-elle. On n’a donc jamais hésité à faire beaucoup de recherche pour fermer toutes les possibilités [de remettre en cause un résultat obtenu]. On se préparait pour une défense dans les tribunaux du monde entier. On ne baissait jamais la garde. […] C’est ce qui explique que le laboratoire est sain et sur une bonne lancée.»
Au fil du temps, l’expertise du Laboratoire a été sollicitée par les grandes ligues sportives nord-américaines de hockey (LNH), basketball (NBA) et baseball (MLB). L’Association des joueurs de tennis professionnels (ATP) a aussi fait affaire avec le centre lavallois.

Parmi les cas de dopage les plus célèbres sur lesquels Christiane Ayotte a travaillé, notons l’important programme de dopage mis en place par l’équipe cycliste US Postal / Discovery Channel qui comprenait le septuple champion déchu du Tour de France Lance Armstrong.
Elle revient aussi sur le scandale de dopage de Russie qui a éclaté à partir de 2015. L’AMA a alors démontré que l’État russe avait manipulé des échantillons du laboratoire de Moscou. Des échanges clandestins d’échantillons d’urine avaient également été effectués avec le soutien des services secrets russes.
«Je n’aurais jamais pensé que ça pouvait être aussi bête que ça, se souvient-elle. C’était de la grosse triche. Les disques durs du laboratoire [de Moscou] ont été saisis et l’AMA a dû patiemment retirer les modifications qui avaient été faites. […] Quand la Russie a été bannie, c’était une victoire pour moi.»
Plus près de chez nous, Christiane Ayotte cite le cas de la cycliste Geneviève Jeanson qui s’était dopée à l’érythropoïétine dès l’âge de 16 ans sous l’emprise de son ancien entraîneur.
Avancées
La chercheuse québécoise ne le cache pas: il reste encore du travail à faire afin d’enrayer le dopage dans le sport. Elle croit toutefois que beaucoup d’avancées ont été réalisées depuis ses débuts.
«Il y a eu une amélioration technique de ce qu’on était capable de détecter, explique-t-elle. On détecte près d’un million de fois plus petit maintenant.»
Cela vient toutefois avec de nouveaux défis, puisque les athlètes et leurs équipes contestent des résultats en parlant d’échantillons trop petits ou de contamination. «Ça m’insulte ce discours, car c’est comme s’il y avait de la dope partout», déplore Christiane Ayotte.
La création de l’Agence mondiale antidopage en 1999 a également été très importante. Basée à Montréal, son financement est partagé entre le Comité international olympique et les gouvernements des pays membres pour assurer son impartialité.
Profiter de la vie
Cette intronisation au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec s’ajoute à de nombreuses distinctions honorifiques reçues par Christiane Ayotte au cours des 30 dernières années.
Elle avait été nommée Scientifique de l’année par la Société Radio-Canada en 1999, puis obtenu la Médaille d’honneur de l’Association médicale canadienne en 2007.
La chercheuse a aussi été récipiendaire du prix Hommage Jacques-Beauchamp (2017), de la Médaille du ministère des Relations internationales et de la Francophonie (2018), de l’Ordre du Canada (2019) et du Prix René Dussault (2024).

Maintenant à la retraite et forte d’une carrière prolifique à lutter pour rendre le sport plus propre, la résidente lavalloise souhaite désormais profiter de la vie.
«On ne se bat pas comme ça pendant 30 à 40 ans sans que ça laisse des traces. […] C’est sûr que je vais continuer à rester proche du laboratoire et prendre certain cas, mais je suis rendue ailleurs pour les années qui me reste», complète Christiane Ayotte.
Téléchargez notre application
Meta (Facebook et Instagram) bloque vos nouvelles du Courrier Laval, tout comme Google continue de leur faire obstruction, en réponse à la loi C-18.
Pour avoir accès à vos nouvelles et rester ainsi connecté à la source, le Courrier Laval vous invite à télécharger son application. Vous pouvez également vous abonner à l’infolettre hebdomadaire. Vous pourrez ainsi continuer de lire vos nouvelles gratuitement, et ce, en temps réel avec un ratio moindre de publicités. N’oubliez pas d’activer les notifications et de passer le mot à vos proches et contacts!
Apple : https://apple.co/3wsgmKE
Android : https://bit.ly/3uGPo1D
Infolettre : https://courrierlaval.com/infolettre/



