Mis à jour le 18 septembre 2026 à 18h16
En juin, Émilie Abel, enseignante à l’école primaire des Ormeaux, avait apostrophé le conseil d’administration (CA) du Centre de services scolaire de Laval (CSSL) en lien avec les classes multiniveaux. Bien que le CSSL ait répondu à ses demandes, la séance suivante, l’employée est revenue témoigner de la rentrée scolaire «la plus chaotique qu’elle ait vécue», en plus de 15 ans de métier.
Au début de l’été, l’enseignante était préoccupée quant à la composition des groupes multiniveaux prévus au sein de son école établie dans Duvernay, qu’elle jugeait inadéquate.
Quelle ne fût pas sa surprise d’apprendre dans une communication électronique envoyée pendant les vacances estivales que les groupes multiniveaux allaient finalement être démantelés… le 21 août, une semaine avant le début des classes.
«On ne change pas de groupe un enfant ou des enfants en claquant des doigts, a martelé Émilie Abel. Il faut veiller à conserver un certain équilibre dans chacun des groupes. Cela exige un temps de réflexion.»
Réflexion qui avait d’ailleurs été effectuée avec minutie par l’équipe-école de des Ormeaux en juin dernier, mais qui a dû être changée dans l’urgence.
Impacts
Émilie Abel et sa collègue Marie-Claude Sauvé, aussi enseignante d’une classe multiniveaux au sein de l’école primaire des Ormeaux, ont décrit les impacts considérables que cette décision tardive a eue sur le personnel scolaire, les parents et les élèves.
En plus de devoir reconstituer des groupes scolaires, des enseignantes ont dû changer de classe, adapter leur liste d’effets scolaires, et donc leur plan d’éducation pour l’année, réviser l’horaire des spécialistes, tout en rassurant les parents concernés.
La secrétaire a également dû modifier les groupes dans le système informatique et lancer quantité d’appels aux familles afin d’expliquer la situation.
«Quand je repense à ce début d’année chaotique, je suis encore fragilisée par le grand stress, le sentiment d’impuissance, la frustration et l’angoisse que j’ai vécu avec tous ces changements organisationnels qui m’ont touché directement, témoignait Marie-Claude Sauvé, dont la classe mixant 2e et 3e année a été la plus touchée. Je tenais à vous mentionner que je me suis rarement sentie aussi peu considérée et soutenue par mon employeur.»

Ironiquement, la composition finale des groupes était, à un élève près, identique à la proposition initiale de Mme Abel, qu’elle avait imaginé lorsqu’elle a dénoncé l’inégalité des classes de son école, en juin.
L’enjeu réside en la tardivité de la décision d’entériner ces changements et l’effet domino que cela a engendré, notamment parce que les groupes originaux étaient à pleine capacité.
L’élève au centre de la décision?
Dans ce chahut, les enseignantes ont déploré le fait que les dossiers d’élèves ne suivaient pas la rapidité des transferts. Comment prendre une décision éclairée avec aucune ou très peu d’information à leur sujet?
«Ce qui me dérange dans toute cette histoire, c’est de réaliser que vous pouvez nous imposer à la toute dernière minute d’interchanger n’importe quel numéro de fiche d’élève, d’une école à l’autre, d’un groupe à l’autre, sans se soucier de la composition de la classe basée sur les critères de formation des groupes, surtout en classe multi, a poursuivi Marie-Claude Sauvé. [C’est] un manque de considération pour le travail et l’expertise des enseignants qui connaissent la réalité sur le terrain.»
Interpelé à la période de questions par les deux enseignantes, Yves Michel Volcy, directeur général du CSSL, a mentionné que la fermeture de classes multiniveaux était une bonne nouvelle pour plusieurs parents et que l’organisation était malheureusement tributaire des déménagements et listes d’attente.
«Notre rôle, c’est de trouver un heureux équilibre pour répondre à notre mission, soit la réussite des élèves dans [les meilleures conditions], tout en prenant en compte les effets que ça peut avoir sur les équipes-écoles lorsqu’elles sont appelées à composer avec ces situations, a indiqué le directeur général du CSSL. […] Je ne vois pas comment on peut empêcher, dans le cadre d’un service public, les parents d’inscrire leur enfant dans une école. Je n’ai pas de solution. Ce que j’ai à vous offrir ce soir, c’est de l’empathie et [un engagement de] continuer à réfléchir à des modalités différentes qu’on peut mettre en place mais, au moment où je vous parle, je n’en vois pas.»
Pour mesdames Abel et Sauvé, une piste de solution serait d’éviter de remplir tous les groupes au maximum avant même le début de la période estivale, pour permettre une flexibilité en cas de nouvelles inscriptions.
Selon deux membres du CA du CSSL rencontrées après la séance d’août, cette avenue serait incommodante à suivre, comme l’institution subit de la pression du ministère à ce niveau, pour des raisons budgétaires. Elles comme M Volcy étaient d’ailleurs surprises de découvrir l’étendue des conséquences qu’une telle décision a générées.
Fières d’avoir témoigné dans l’espoir de prévenir de telles situations angoissantes à l’avenir, Marie-Claude Sauvé et Émilie Abel sont ressorties de la séance empreintes de résilience et prêtes à accompagner leurs élèves, parées du sourire propre à l’uniforme de celles et ceux qui dédient leur vie professionnelle à la réussite scolaire de petits et grands.
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