Mis à jour le 24 février 2026 à 11h44
Les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes de vivre avec des troubles anxieux. Et si les hormones sexuelles contenues dans la pilule contraceptive jouaient un rôle dans la régulation de la peur, une émotion centrale dans les troubles anxieux?
C’est l’hypothèse que Lisa-Marie Davignon, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a voulu explorer. Les résultats viennent d’être publiés dans la revue scientifique Neuropsychopharmacology.
Constats
Sous la supervision de Marie-France Marin, professeure au département de psychologie de l’UQAM et chercheure au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CR-IUSMM), l’équipe de recherche a recruté 147 participantes et participants répartis en 4 groupes: des femmes utilisant la pilule, des anciennes utilisatrices, des femmes n’y ayant jamais eu recours et des hommes.
À l’aide d’une imagerie par résonance magnétique et de capteurs mesurant la transpiration dans la paume de la main, les chercheures ont évalué les réactions de peur face à des contextes sécuritaires et menaçants.
«Nos résultats montrent que, dans des contextes sécuritaires, les femmes qui prennent la pilule affichaient des réactions de peur plus élevées que celles qui ne l’avaient jamais prise, particulièrement lorsque la pilule contenait des doses élevées d’œstrogène synthétique, explique Lisa-Marie Davignon, par voie de communiqué. Les anciennes utilisatrices de pilule présentaient elles aussi des réactions accrues. Ces résultats nous laissent croire que certains effets de la prise de contraceptifs oraux peuvent subsister à long terme.»
Les résultats suggèrent que l’utilisation des contraceptifs oraux s’accompagne de variations dans l’activité de l’hippocampe, une région cérébrale sensible aux hormones sexuelles et essentielle à la mémoire contextuelle ainsi qu’à la régulation des émotions.
Une activité plus importante de cette région cérébrale a été observée chez les femmes n’ayant jamais pris la pilule, ce qui pourrait expliquer leur meilleure capacité à interpréter les contextes comme non menaçants.
«Nos résultats témoignent de l’importance de mieux comprendre l’impact des hormones sur la santé des femmes afin de soutenir des décisions de contraception éclairées, conclut la doctorante, dans la même communication aux médias. Il est toutefois trop tôt pour émettre des recommandations médicales à ce sujet puisque chaque femme est différente. Si nous éveillons l’intérêt de la communauté scientifique à continuer d’étudier la santé des femmes, notre mission sera accomplie.» (C.P./IJL)



