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Maltraitance chez les personnes aînées immigrantes: camouflée et peu dénoncée

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Maltraitance chez les personnes aînées immigrantes: camouflée et peu dénoncée

SOCIÉTÉ. Janick Roy, coordonnatrice au Comité lavallois en abus et violence envers les aînés (CLAVA), rencontre les différentes communautés culturelles et linguistiques de Laval. Elle tente de leur parler d’un sujet encore tabou et qui prend différents visages: la maltraitance.

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Le but est de donner de l’information et des ressources et surtout briser le silence que vivent plusieurs personnes âgées issues de l’immigration, ayant un poids démographique de 29,7 % de la population de l’île Jésus.

Elle a rejoint près d’une trentaine d’entre elles, que ce soit dans les églises et les centres communautaires. Chaque fois, elle fait une présentation d’une vingtaine de minutes, en anglais principalement. Son public est composé d’aînés, de proches aidants ou de personnes qui fréquentent le lieu communautaire pour socialiser.

Quelqu’un de confiance

Elle veut transmettre comme message aux aînés qu’on peut respecter les us et coutumes de sa communauté, tout en faisant valoir ses droits.

«Certaines communautés sont tissées serrées, reconnaît Mme Roy. En général, dans 70 % des cas, l’auteur de la maltraitance est connu de la victime et c’est souvent quelqu’un de la famille.»

D’un côté, le lien familial fort peut protéger, de l’autre, lorsqu’il y a situation de sévice, il devient extrêmement complexe de dénoncer, puisque l’enjeu principal devient l’honneur de la famille.

«La honte va retomber sur tout le monde, fait savoir Janick Roy. Il y a une réputation à préserver et c’est important de montrer que ces choses-là n’existent pas chez nous. Dans les sociétés plus occidentalisées, il va y avoir moins de filet social, plus d’isolement, même si les enjeux d’honneur, de culpabilité et de honte existent. Mais c’est peut-être moins exacerbé.»

«C’est très délicat comme sujet, indique Eleni Fakotakis Kolaitis, directrice des Services sociaux helléniques du Québec (SSHQ). Dans notre communauté, nous n’avons pas encore fait de grands pas pour ce qui est, par exemple, des abus financiers. On commence à sensibiliser les aînés de plus en plus. Certains ont des doutes, ne sont pas certains, mais ne disent rien parce qu’ils croient être seuls dans cette situation.»

Aussi, les deux tiers des victimes de violences sont des femmes, indique la coordonnatrice du CLAVA.

Relation complexe

Frère, sœur, enfant envers un parent, tous peuvent devenir celui ou celle qui exerce la maltraitance. Mais les rôles sont plus interchangeables et fluides qu’on pourrait le croire.

Il n’y a pas de portrait type de l’abuseur et de la victime. Par manque de ressources, stress ou fatigue, il peut aussi être le proche aidant d’une personne ayant besoin d’assistance. Et personne ne choisit délibérément ce rôle.

«Il faut connaître et comprendre l’historique d’une relation, ajoute Mme Roy. Il y a des facteurs de vulnérabilité, mais c’est tellement large que c’est extrêmement difficile de faire des portraits types entre l’abuseur et la victime. L’abuseur, parfois, n’a pas de mauvaises intentions, mais fait de la négligence, car il n’a pas les ressources, il est fatiguée. Ça peut être quelqu’un de bien intentionné.»

Difficile à rejoindre

La coordonnatrice du CLAVA observe que plusieurs communautés culturelles sont très difficiles à rejoindre, contrairement, par exemple, à la communauté hellénique, bien active socialement.

«Parfois, elles manquent d’organisation, n’ont pas pignon sur rue ou ne se sentent tout simplement pas concernées par le sujet de la maltraitance, laisse savoir Janick Roy. Aussi, les gens peuvent percevoir mon appel comme une intrusion. Le sujet passe difficilement.»

Pendant les présentations, un officier de police est présent pour briser les tabous, en donnant des conseils de sécurité et répondant aux questions des gens.

La Journée mondiale de lutte contre la maltraitance a eu lieu le 15 juin. Du 1e au 17 juin, plusieurs restaurants, résidences privées pour aînés, organismes communautaires, popotes roulantes et centres commerciaux de la région ont utilisé des napperons visant à sensibiliser et à informer la population lavalloise de l’importance de briser le silence entourant la maltraitance.

Entre 2500 et 4385 victimes à Laval

Selon l’Organisation mondiale de la santé, «il y a maltraitance lorsqu’un geste singulier ou répétitif ou une absence d’action appropriée se produit dans une relation où il devrait y avoir de la confiance et que cela cause du tort ou de la détresse chez une personne aînée.» Le ministère de la Famille estime que de 4 à 7 % des personnes aînées seraient touchées par la maltraitance, ce qui représente entre 2500 et 4385 victimes potentielles à Laval. (Source: CISSS de Laval)

Données démographiques: aînés à Laval

29,7 % des aînés de Laval sont issus de l’immigration

75, 8 % parlent le français

6,5 % parlent l’anglais

17,7 % parlent une autre langue que le français ou l’anglais

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