Mis à jour le 06 novembre 2026 à 06h29
C’est dans la confusion que le conseil municipal a amendé, le 3 novembre, le Règlement L-11967 adopté 10 ans plus tôt qui décrétait l’acquisition de gré à gré ou par voie d’expropriation d’une douzaine de lots dans le but de repositionner un tronçon du boulevard Saint-Martin Ouest.
Tel que le rapportait la veille un article paru en ligne sur le site du Courrier Laval, la résolution vient remplacer la taxation sectorielle par une taxation à l’échelle municipale.
«Il y a encore des choses qui me semblent pas claires», a lancé d’emblée la cheffe par intérim de Parti Laval et conseillère municipale de Marc-Aurèle-Fortin, Louise Lortie, au moment d’adopter le point.
«Ce soir, on nous demande de modifier le Règlement pour que la taxe soit chargée à l’ensemble [des contribuables], mais on nous a dit qu’elle était déjà chargée à l’ensemble […] Pourquoi c’est déjà chargé à l’ensemble quand le Règlement ne le permettait pas ?»
Puis, cherchant à «démêler» le vrai du faux, l’élue de l’opposition souligne que les informations partagées aux conseillers municipaux en préconseil étaient contraire aux informations transmises au journal par le porte-parole de la Ville.
«C’est qui qu’il faut croire», a-t-elle demandé au maire suppléant Ray Khalil, précisant que d’un côté on affirme que la Ville a contracté un emprunt et de l’autre, qu’aucun emprunt n’a encore été contracté à ce jour.
Selon ce qu’on a pu comprendre de l’intervention de M. Khalil, c’est que la taxe actuellement imposée serait non pas liée à l’emprunt de 3,4 M$ pour l’acquisition des lots, mais plutôt à la mise en terre d’infrastructures municipales dans l’axe du tracé initial du boulevard Saint-Martin Ouest. Le mystère qu’il souhaitait dissiper s’est épaissi lorsque d’un même souffle, le maire suppléant a ajouté qu’il ignorait toutefois s’il s’agissait d’une taxe riveraine ou imposée à l’ensemble des contribuables lavallois.

(Capture d’écran – GoogleMaps / montage Nicholas Pereira)
Intervention citoyenne
Quelques minutes auparavant, au cours de la période de questions réservée aux citoyens, Steve Vézina, un habitué de ces assemblées, jugeait «déplorable» de prolonger le boulevard à travers un milieu naturel.
Inquiet de voir la Ville «saccager tous les boisés» au profit du béton, il a fait valoir que si on voulait améliorer le boulevard à cet endroit, il aurait suffi d’y aménager «des trottoirs pour plus de sécurité».
Ce à quoi M. Khalil a répondu que le secteur était frappé d’un zonage différé, «ce qui veut dire que s’il y a un développement à y avoir, les gens du secteur seront consultés».
Puis, suggérant que «l’article a peut-être induit Monsieur en erreur», Ray Khalil a poursuivi en disant qu’«aujourd’hui, on ne passe de décision sur qu’est-ce qu’on va faire comme rue» mais bien «une correction plutôt administrative en lien avec la taxation pour des achats qui ont été faits dans le passé».

(Capture d’écran – GoogleMaps)
Retour en arrière
Le 3 mai 2016, sous la recommandation de la Division des revenus du Service des finances, les conseillers municipaux avaient autorisé un règlement d’emprunt de 3 443 000 $ pour financer l’acquisition d’une bande de terrain en milieu boisé tout juste au nord du tronçon du boulevard Saint-Martin appelé à être déplacé.
Selon le tracé que le Courrier Laval a pu consulter, à quelque 150 mètres à l’ouest de la 100e Avenue, dans Chomedey, le boulevard Saint-Martin Ouest bifurquera en direction nord pour aller se connecter directement sur le viaduc qui enjambe l’autoroute 13 et ainsi rejoindre le boulevard Saint-Martin qui se prolonge à l’ouest de la voie rapide dans Sainte-Dorothée.
Depuis la construction de ce pont d’étagement au début des année 1970, les automobilistes en provenance de l’est y accèdent via un tronçon de 300 mètres de la rue Montgolfier, qui relie le boulevard Saint-Martin Ouest au viaduc.
Nombreuses incertitudes
Dans un sommaire décisionnel soumis au comité exécutif le 9 septembre dernier, le Service des finances justifie ainsi le changement du mode d’imposition :
«Compte tenu des nombreuses incertitudes entourant le projet, il est actuellement impossible de déterminer avec précision quels contribuables bénéficieront des acquisitions de terrains réalisées. Dans ce contexte, il apparaît inéquitable d’imposer les coûts de ces acquisitions uniquement aux propriétés du secteur concerné, comme le prévoit actuellement le Règlement L-11967.»
On y précise que «les terrains acquis pourraient ultimement servir à diverses fins d’intérêt collectif et non exclusivement au prolongement du boulevard», d’où la recommandation de répartir les coûts associés à l’emprunt de 3,4 M$ à l’ensemble des Lavallois.

Un tracé susceptible d’être modifié
La Ville a beau avoir acquis quelque 25 000 mètres carrés de terrain en fonction du tracé élaboré en 2016, «à ce jour, aucun tracé définitif n’a été arrêté», indiquait par courriel le porte-parole de la Municipalité, Jonathan Lévesque, à quelques jours de l’assemblée délibérante.
Ce dernier mentionne également qu’«aucun emprunt n’a été contracté par la Ville […] et aucune taxe riveraine n’a été imposée jusqu’à maintenant».
D’après le tableau de remboursement préparé à l’époque par le directeur des finances, les propriétaires riverains se seraient vu imposer une taxe spéciale de 62,90 $ au mètre linéaire pendant 20 ans. La Ville aurait ainsi perçu via leur compte de taxes 172 000 $ par année pour en arriver à rembourser l’emprunt de 3,4 M$.
«La présente modification vise précisément à éviter qu’une charge fiscale soit imposée à des propriétaires qui pourraient ne retirer aucun avantage du projet advenant une modification du tracé», explique M. Lévesque tout en précisant que «les orientations de développement du secteur ont considérablement évolué au cours des dernières années».
Près de 90 % de la superficie acquise
Depuis 2016, la Ville a acheté de gré à gré la quasi-totalité des lots identifiés à l’intérieur d’un corridor large d’une quarantaine de mètres courant sur une distance de plus d’un kilomètre de long. Cela représente très exactement 87 % de la superficie totale initialement envisagée pour le projet de déplacement du boulevard Saint-Martin entre la 100e Avenue et l’autoroute 13.
«Ces acquisitions s’élèvent à un peu moins de 2,5 M $», note également Jonathan Lévesque dans nos échanges de courriels.
Pour mettre les choses en perspective, ces lots couvrent une superficie équivalant à 4 terrains de soccer.
Questions sans réponse
À quoi explique-t-on les «nombreuses incertitudes entourant le projet», de l’avis même du Service des finances, alors que ce projet est sur les rails depuis 2016 ?
Est-ce une question de sécurité routière ou d’enjeu de congestion à l’entrée et à la sortie du viaduc de l’autoroute 13 qui est à l’origine de cette idée de déplacer le boulevard Saint-Martin Ouest ?
Quant à l’emprunt de 3,4 M$ voté il y a 10 ans pour financer l’achat de 12 lots auquel la Ville n’aurait toujours pas eu recours, pourquoi ne pas avoir aboli le décret mardi soir, d’autant que ces terrains ont à peu près tous été acquis il y a déjà plusieurs années ?
Voilà autant de questions qui demeurent sans réponse, le cabinet du maire ayant décliné ces deux dernières semaines nos demandes d’entrevue.
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On est ici à la sortie et à l’entrée du viaduc de l’autoroute 13 où le boulevard Saint-Martin Ouest s’arrête à la rue Montgolfier, dans Chomedey, avant de reprendre 300 mètres plus au sud vers l’est.
(Photo 2M.Media – Stéphane St-Amour)



