Mis à jour le 06 mars 2026 à 12h47
Après le succès de son livre autobiographique Rue Duplessis, ma petite noirceur, l’auteur, sociologue et animateur à Radio-Canada Jean-Philippe Pleau en propose aujourd’hui une adaptation théâtrale présentée par le Théâtre Duceppe.
Ce spectacle, mis en scène par Marie-Ève Milot et adapté par David Laurin, sera présenté le vendredi 20 mars à la salle André-Mathieu.
Sur scène, l’auteur raconte lui-même son parcours singulier: celui d’un enfant issu d’un milieu modeste de Drummondville devenu une voix intellectuelle reconnue, tout en portant une réflexion sensible sur les inégalités sociales et le sentiment d’appartenance.
Pour Jean-Philippe Pleau, cette première visite à Laval est d’abord une rencontre humaine.
«C’est la première fois que je serai en spectacle à Laval et j’ai très hâte de découvrir cette salle magnifique. Je n’y suis jamais allé comme spectateur, donc je suis très curieux, confie l’auteur.
La salle André-Mathieu, qui porte le nom d’un grand pianiste québécois, représente pour lui un symbole important.
«Ça me rend fier de jouer dans une salle qui porte son nom.»
Au-delà du lieu, Jean-Philippe Pleau voit surtout cette représentation comme un moment d’échange avec le public.
«C’est d’abord et avant tout une façon de faire connaissance ensemble, les Lavallois et moi.»
À travers ce récit autobiographique, il invite les spectateurs à découvrir l’histoire de sa famille et de son milieu d’origine, un récit qu’il raconte avec tendresse et lucidité.
«Avec amour, on peut affronter bien des choses, dont la pauvreté.»

Du livre à la scène
Si le livre a déjà touché de nombreux lecteurs, l’auteur nourrissait depuis le départ l’idée de le porter sur scène.
«Quand j’ai écrit le livre, j’avais déposé dans un court paragraphe mon souhait de l’adapter un jour au théâtre.»
Inspiré notamment par certains auteurs européens qui ont fait ce passage entre littérature et scène, il voyait dans cette adaptation une nouvelle façon de rejoindre le public.
Selon lui, la dimension théâtrale permet de donner une intensité différente au récit.
«Dans le livre, ce sont des mots. Sur scène, les émotions sont palpables.»
L’expérience a aussi une dimension personnelle très forte. Pleau raconte avoir longtemps vécu avec de grandes peurs, allant jusqu’à souffrir d’agoraphobie à la fin des années 2000.
Monter sur scène devient ainsi une forme de défi. «Je voulais me mettre en danger et montrer aux gens que c’est possible de domestiquer nos peurs.»
Vulnérabilité partagée
Sur scène, l’auteur ne se contente pas de raconter son histoire. Il l’incarne lui-même. Cette présence directe crée un lien particulier avec les spectateurs.
«Il y a un contact direct avec le public. Cette vulnérabilité se sent dès le début du spectacle.»
Selon lui, le fait que ce soit la personne qui a vécu et écrit cette histoire qui la raconte renforce la portée du récit.
«Les gens sont contents de rencontrer la vraie personne qui a écrit ce récit-là.»
Cette proximité permet souvent au public de se reconnaître dans son parcours, même si les contextes diffèrent.
Entre deux mondes
Dans son livre comme dans la pièce, le sociologue et animateur de l’émission dominicale Réfléchir à voix haute sur Radio-Canada, parle de «migration intérieure» pour décrire son parcours social.
Issu d’un milieu modeste, il a traversé plusieurs univers culturels au fil de sa vie.
«J’ai longtemps eu l’impression d’avoir le cul entre deux chaises», dit-il avec franchise.
Aujourd’hui, cette position entre deux mondes est devenue une forme d’équilibre.
«Avant, ce sentiment me rendait inconfortable. Aujourd’hui, mon nouvel équilibre, c’est de me sentir bien entre ces deux univers.»
L’accueil enthousiaste réservé à son livre depuis un an et demi a aussi contribué à apaiser certains doutes. «Cet amour du public a diminué mon syndrome d’imposteur.»
Inégalités persistantes
Le spectacle ne se limite pas à un récit personnel: il ouvre également une réflexion sociologique sur les inégalités.
Jean-Philippe Pleau rappelle que l’accès aux études supérieures demeure marqué par l’origine sociale.
«Entre 35% et 59% des étudiants dans les universités québécoises sont des étudiants de première génération», explique-t-il, c’est-à-dire dont les parents n’ont pas fréquenté le cégep ou l’université.
Pour lui, cette statistique révèle que les écarts sociaux demeurent bien réels.
«On a tendance à croire que ces inégalités sont moins importantes qu’avant, mais elles existent encore.»
Son parcours personnel illustre justement ces obstacles. «Les probabilités que je devienne animateur de radio ou que je joue au théâtre étaient très minces.»
Rire ensemble
Malgré les thèmes sérieux abordés, l’humour occupe une place importante dans la pièce. Pour Jean-Philippe Pleau, le rire est à la fois un mécanisme humain et un outil de compréhension sociale.
«Le rire permet un relâchement. Il aide à comprendre le monde.»
Cet humour, insiste-t-il, n’est jamais moqueur. «Ce qui était important pour moi, c’était de sentir que le rire était empathique. Les spectateurs ne rient pas de moi ou de ma famille. On rit ensemble de peurs qui ont été collectives.»
En quittant la salle, l’auteur souhaite que les spectateurs retiennent une idée simple mais essentielle.
«Mes parents ne pouvaient pas me transmettre l’héritage de la culture parce qu’ils ne l’avaient pas. Mais ils m’ont transmis l’héritage de la sensibilité.»
Une sensibilité qui, sur scène, devient le cœur même de Rue Duplessis.
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