Mis à jour le 15 octobre 2026 à 15h14
Les 6 et 8 octobre, la Commission scolaire Sir-Wilfrid-Laurier (CSSWL) a tenu deux assemblées publiques à l’école Laval Junior Academy, dans Chomedey, où le conseil des commissaires a proposé des scénarios de remaniement des aires de desserte et de l’utilisation de ses bâtiments scolaires lavallois.
Après analyses basées sur l’évolution des inscriptions, la capacité des bâtiments, les besoins éducatifs et les contraintes financières, la CSSWL a partagé au public ses scénarios pour la première fois.
Ceux-ci avançaient notamment la possibilité de fermer l’école primaire Our Lady of Peace (Fabreville) et l’école secondaire alternative Pheonix (Duvernay).
Les élèves actuels de ces établissements scolaires auraient été déplacés vers d’autres écoles lavalloises alors que le bâtiment d’OLP serait demeuré vacant pour un an et que celui utilisé par Pheonix aurait été alloué au centre d’éducation des adultes CDC Vimont, dont le contrat de location sis boulevard des Laurentides arrive à échéance en 2027.

Ces éventualités ont été fortement décriés par des centaines de parents au cours des assemblées, mais aussi en ligne par le lancement d’une pétition et l’élaboration d’une mobilisation citoyenne sur les réseaux sociaux. Le consensus est clair: personne ne souhaite voir son enfant déraciné vers une nouvelle école.
Élèves à besoins particuliers
Tous les scénarios proposés par la CSSWL, dans le cadre de sa révision des écoles, programmes, zones de desserte et utilisation de l’espace à Laval, impliquaient le déplacement d’élèves à besoins particuliers.
Dans l’ouest, il était proposé que des élèves de l’école primaire Crestview soient ajoutés à la masse étudiante de l’école Souvenir et dans l’est, que l’école alternative Pheonix déménage afin d’optimiser l’utilisation du bâtiment établi au 1105, rue Victor-Morin.
La CSSWL dément avoir ciblé des étudiant.e.s vulnérables dans l’élaboration de ses scénarios, mais des parents et anciens étudiant.e.s des écoles concernées ne sont pas convaincus.
«C’est honteux et dégueulasse, affirme Victoria Rebelo, ancienne élève de Pheonix et organisatrice de l’initiative Save Phoenix Alternative Highschool. Il n’y a déjà pas assez de ressources pour les enfants à besoins particuliers et pour les écoles alternatives. […] Ça laisse penser que le conseil des commissaires favorise les enfants neurotypiques aux neurodivergents.»
«On ne devrait pas demander à des étudiants vulnérables de se faire une place dans les bâtiments actuellement à notre disposition, a ajouté Christina Cichon, directrice de Pheonix de 2012 à 2015, sur la page Facebook Save Phoenix Alternative Highschool. On devrait développer un environnement adapté à leurs besoins pour soutenir leur succès. Pheonix est plus qu’un programme, un lieu ou un numéro sur une liste d’inscription. C’est une culture qui a changé des vies. Cette culture mérite d’être protégée et que l’on y investisse.»
Pheonix est la seule école alternative anglophone établie dans la région de Laval, programme pourtant prisé et demandé par plusieurs familles. Dans ce cas, pourquoi envisager sa fermeture?
«Il faut aussi regarder l’éducation alternative sur l’ensemble du territoire de la CSSWL et non seulement à Laval, répond Maxeen Jolin, directrice adjointe des communications à la CSSWL. […] La Commission scolaire souhaite mettre sur pied un comité de réflexion sur l’avenir de l’éducation alternative anglophone, non seulement à Laval, mais également dans les régions de Lanaudière et des Laurentides.»
Pourquoi ces scénarios?
La CSSWL a débuté ses présentations en révélant que les inscriptions à ses établissements scolaires sont en déclin depuis plusieurs années à Laval et que, par conséquent, son parc immobilier est loin d’être utilisé à pleine capacité.
En effet, il y aurait 705 étudiant.e.s lavallois en moins dans ses écoles depuis l’année scolaire 2020-2021 et les projections gouvernementales suivent aussi cette tendance. Forcément, cela affecte les revenus associés aux frais de scolarité autant que les subventions gouvernementales octroyées en fonction du nombre d’élèves, creusant un gouffre financier dont il est de plus en plus ardu de sortir.
«La situation financière de la Commission scolaire résulte de plusieurs pressions cumulées au fil des années, notamment les coûts du transport scolaire, les ressources nécessaires pour répondre aux besoins croissants des élèves ainsi que les dépenses liées aux absences du personnel et à la CNESST», complète la directrice adjointe des communications.
Selon le conseil des commissaires, la baisse d’inscriptions serait propre à l’ensemble des commissions scolaires anglophones du Québec et Laval n’y fait pas exception.

Lorsque questionnée à savoir les actions entreprises avant d’en venir à consulter sa clientèle quant à la fermeture d’écoles, la CSSWL mentionne un plan de redressement qui demeure confidentiel comme le document est «en attente des approbations requises». Le conseil des commissaires a également affirmé avoir réalisé des économies en ne remplaçant pas le personnel lors des départs à la retraite, en baissant ses coûts d’énergie ainsi qu’en vendant bâtiments et terrains.
Consultation à suivre
Face à la grogne des familles, le conseil des commissaires a adopté une résolution le mardi 13 octobre visant la suspension temporaire de la portion de la consultation publique liée à la fermeture proposée des écoles de même que les modifications suggérées aux bassins d’alimentation des écoles primaires OLP, Twin Oaks et Crestview, dans l’ouest de Laval.
Dans une missive électronique signée James Di Sano, président du conseil, la CSSWL indique clairement qu’aucune fermeture d’école ni modification des bassins d’alimentation ne sera réalisée l’an prochain avant de rappeler que «la diminution des effectifs scolaires et le besoin d’optimiser l’utilisation des bâtiments scolaires demeurent des défis importants». Aucune date de reprise n’a été prévue pour le moment.
La consultation concernant le projet de déménagement du CDC Vimont et de l’école alternative Phoenix se poursuivra, bien que la fermeture de la seule école alternative du territoire lavallois ne soit plus considérée.
Une séance d’information pour les membres du personnel le mercredi 21 octobre et une assemblée publique le dimanche 25 novembre auront lieu pour discuter davantage de ces déménagements potentiels.
«Relocaliser Phoenix à l’intérieur d’une école traditionnelle risque de détruire l’environnement même qui fait sa réussite, déclare Victoria Rebelo, réitérant l’importance de poursuivre le combat. Phoenix existe parce que le système scolaire traditionnel a échoué auprès d’élèves comme moi. Le simple fait de qualifier Phoenix d’ »entité distincte » ne garantit aucunement la préservation de son identité, de son indépendance ni du soutien offert à ses élèves.»
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