La gazéification permet de produire de l'énergie à partir de déchets qui ne sont pour l'instant pas valorisables.
(Photo: Martin Alarie)
Transformer des déchets en énergie: écologique ou pas?
Soixante-cinq pour cent de nos déchets devront bientôt être valorisés. Mais que veut dire «valoriser»? Les technologies émergentes, comme la gazéification, passent-elles le test? Questions ouvertes.
Pour des villes comme Laval, il ne s'agit pas d'une simple question de définition à intégrer à la nouvelle mouture de la Politique de gestion des matières résiduelles, présentement sur la table à dessin.
L'enjeu est de taille, au moment où la municipalité, de concert avec la Communauté urbaine de Montréal (CMM), demande à Québec un milliard de dollars pour la construction d'usines de pointe pour le traitement des déchets putrescibles et ultimes (les déchets qu'on ne peut recycler, récupérer ou composter).
Les technologies dans la mire de la CMM impliquent la récupération d'énergie, sous forme de gaz. Ce qui devrait leur mériter le sceau de la valorisation, plaident les maires de la région métropolitaine.
Évolution technologique
Mis à part le recyclage, le concept de valorisation s'applique actuellement au compostage, ou à certaines formes de transformation de résidus en énergie. Johanne Riverain, de Recyc-Québec, donne l'exemple de vieux pneus utilisés comme combustible dans l'industrie du ciment.
«En ce moment, on se demande si d'autres technologies peuvent être considérées», explique-t-elle. La question fera l'objet de discussions le 27 mai, à Saint-Hyacinthe. La rencontre est organisée conjointement par Recyc-Québec et Réseau environnement.
Gaz ou nourriture?
L'événement ne manquera pas d'attirer plusieurs intervenants du milieu, déjà impliqués dans le débat. Le Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval a déjà affiché ses couleurs. «Une technique d'élimination avec production d'énergie relève [...] du domaine de l'élimination et non de celui de la valorisation.»
Cette position est partagée par les CRE de Lanaudière et de Montréal, dans un mémoire commun présenté en février, dans le cadre d'audiences publiques sur la gestion des matières résiduelles.
Comme plusieurs autres spécialistes de l'environnement, le directeur du CRE Laval craint qu'au nom de la rentabilisation d'une usine de gazéification coûteuse, par exemple, on y engloutisse tous les déchets, y compris les résidus de table, qu'on pourrait plutôt composter.
«Est-ce qu'il faut nourrir des machines à faire de l'énergie ou nourrir la terre? demande Guy Garand. Dans le processus de production d'énergie, il ne reste plus rien, que de la cendre stérile. Tout ce qu'on ne récupère pas en amendement de sol, on va devoir le reprendre en fertilisant.»
Moratoire, SVP
Pour le moment, les procédés thermiques, comme l'incinération et la gazéification apportent plus d'interrogations que de réponses, fait valoir Karel Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.
La technologie de la gazéification est de loin la plus coûteuse. Mise en application récemment en Allemagne, au Japon et en Alberta, elle n'a pas encore fait ses preuves, dit-il. Le journal financier japonais Nikkei annonçait justement lundi de lourdes pertes pour la firme JFE Engineering, qui a construit quatre usines de gazéification au Japon. Les coûts d'opération et d'entretien ont largement dépassé les estimations, pour l'année fiscale 2007.
Plus près de nous, seuls des projets-pilotes sont en cours, à Ottawa et à Sherbrooke, notamment.
Quant à l'argument de la production d'énergie verte, elle ne tient pas, selon M. Ménard. «Des études montrent que le syngaz [produit via la gazéification], une fois brûlé, est deux fois plus polluant qu'une usine au charbon.»
Et contrairement à l'implantation d'un incinérateur, qui est considéré comme une technologie d'élimination, la construction d'une usine de gazéification ne nécessiterait pas une étude d'impact environnementale, en vertu de la règlementation existante, s'inquiète Karel Ménard.
Le procédé est tout simplement trop récent pour figurer sur la liste. Mieux vaut réfléchir d'abord et règlementer, avant d'investir, dit-il en substance.
(Photo: Martin Alarie)